Une vie toute neuve

Nous sommes en 1975 à Séoul, un père emmène sa petite fille de 9 ans, Jinhee, en voyage à la campagne. Plusieurs scènes nous montrent que le papa est attentionné et s’occupe bien de sa fille. On s’attendrit lorsqu’il nettoie les nouvelles chaussures de sa fille qui vient de glisser dans la boue. On voit aussi combien Jinhee est attachée à son père. Soudain le film prend une autre tournure qu’on a du mal à accepter, le père et la fille arrivent à destination: un orphelinat tenu par des sœurs catholiques. L’abandon est filmé de manière très simple, sans mélodrame, le père ne s’attarde pas. De toute façon, les états d’âmes peuvent-ils être à la hauteur lorsqu’il s’agit d’abandonner son enfant? Mais quand même, on ne comprend pas trop comment un père si prévenant peut abandonner une petite fille si adorable. Comme Jinhee, on ne connaît pas la raison de cet abandon. De même, on a du mal à accepter et à croire que la rupture est définitive. Petit à petit, on s’aperçoit que le père a menti à sa fille. Au fil des scènes, au rythme de Jinhee, on se construit ses propres explications, mais rien n’est vraiment jamais clair. Telle est la réalité. Ce qui nous paraît en revanche clair est le désarroi dans lequel se trouve Jinhee et son incompréhension d’avoir atterri à l’orphelinat car pour elle, ce genre d’endroit est fait pour accueillir les enfants qui n’ont pas de parents. Or, ce n’est pas son cas puisqu’elle a son père. Elle a du mal à accepter son sort et refuse catégoriquement d’être adoptée par une famille. Jinhee se trouve confrontée à la solitude, aux mensonges de son père, puis à ceux des adultes, aux promesses non tenues, aux liens qui se font et se défont et à la nécessité de se faire une raison. Ses accès de colère, sa tentative d’évasion ou bien encore son souhait de disparaitre et de s’enterrer sont des réactions que l’on ne peut que comprendre.

Jinhee finit par accepter son destin: celui de quitter la Corée pour aller dans un pays inconnu et avoir une nouvelle famille. Chaque départ d’un enfant est filmé et donne lieu à des scènes poignantes: tous les orphelins se réunissent pour chanter et dire adieu à celui qui part et s’éloigne petit à petit. Là encore, les paroles de la chanson « ce n’est qu’un au revoir » ne sont que mensonges. Jinhee a une certitude qui est celle de partir vers une terre inconnue, vers un pays où elle ne connait ni la langue, ni les coutumes, ni personne. A-t-elle conscience de quitter sa terre natale pour un long moment? Ressent-elle un déchirement dont elle ne mesure pas encore l’ampleur? En tous les cas, sa décision est prise. Elle a fini par renoncer à retrouver son père et par accepter d’avoir une nouvelle famille. Courageuse, elle part vers de nouveaux horizons que les adultes lui ont promis meilleur.

L’interprétation de la petite fille est remarquable. Ce film n’est ni larmoyant, ni rédempteur, il retrace avec talent l’univers d’un enfant qui du jour au lendemain bascule vers l’inconnu. Une vie toute neuve nous montre avec une extrême pudeur la force et le courage qu’un enfant peut puiser en lui.

Bravo et merci Ounie Lecomte d’avoir eu la maturité, la force et l’intelligence de réaliser ce film! Merci à toute son équipe coréenne et particulièrement au co-producteur Lee Chang Dong.

sobong

Une vie toute neuve

Lee Myung-se au 4ème festival de cinéma franco-coréen

Their_Last_Love_AffairA l’occasion du 4ème festival franco-coréen qui se déroule en ce moment au cinéma Action Christine dans le 6ème arrondissement à Paris, j’ai découvert l’univers très personnel du réalisateur Lee Myung-se lors de la projection en sa présence de deux de ses films : “Their last love affair” (1996) et ” M ” (2007).

Le premier est une histoire d’amour passionnel entre un professeur de littérature et une jeune journaliste qui admire sa poésie. Le réalisateur nous plonge peu à peu dans l’univers des deux amants. Menant jusqu’ici une vie bien rangée avec femme et enfants, le professeur brûle de désir pour sa conquête et finit par mener une double vie. Quant à la demoiselle, elle oscille entre la volonté de vivre pleinement son amour et la raison qui la ramène régulièrement à sa condition de maîtresse. Afin de s’octroyer quelques jours de bonheur, les deux amants échouent dans un trou perdu en bord de mer. Exilés et coupés de la société, ils se retrouvent ainsi livrés à eux-mêmes et la réalité de leur passion. Sachant pertinemment que leur histoire est sans avenir, nos deux tourtereaux commencent à perdre la maitrise d’eux-mêmes, ce qui donne lieu aux meilleures scènes du film, entre burlesque et tension dramatique. Lee Myung-se fait preuve de beaucoup de talent quand il s’agit de montrer les états d’âme des deux protagonistes et les accès de folie provoqués par la force leurs sentiments.

m-3-filmLe second film m’a particulièrement interpellée. A la fois expérimental et peu conventionnel, «M» déborde d’innovations techniques. Le spectateur est littéralement plongé dans la psyché d’un talentueux écrivain qui souffre du syndrome de la page blanche. Tout au long du film, nous voilà embarqués avec lui dans une odyssée intérieure afin de comprendre les raisons de cette panne d’inspiration. On finit par ne faire plus qu’un avec son désarroi et on en vient, tout comme lui, à mélanger rêve et réalité. Il apparaît progressivement que le héros est hanté par le souvenir de son premier amour qu’il a cru pouvoir oublier. Mystère de la mémoire, du refoulement et des conséquences que cela peut avoir sur le présent. Le cinéaste coréen filme avec brio la cartographie mentale d’un être qui tente de résoudre un dilemme dont il ignore l’origine et qui le paralyse.

Des quelques propos que le public a échangés avec Lee Myung-se, je vous en livre un échantillon. Dans tous ses films, Lee fait la part belle au noir. Ainsi, l’écrivain de « M » revient sans cesse dans le bar « Arsène Lupin », un endroit étrange et d’un noir absolu, théâtre de sa rencontre avec la jeune Mimi. A titre anecdotique, le réalisateur coréen nous informe qu’il existe depuis plus de cinquante ans un « Lupin Bar » à Tokyo, dans le quartier de Ginza qu’il aime fréquenter. Chaque scène est composée à la manière d’un tableau, avec des couleurs très chatoyantes qui s’opposent constamment au noir.

Lee Myung-see nous invite d’ailleurs à aller voir l’exposition de Pierre Soulages à Beaubourg car l’œuvre du peintre français, qui joue constamment du contraste entre le noir et la lumière, peut selon lui mieux nous faire comprendre les méandres de l’âme humaine. Lee confie également au sujet de « M » que l’idée lui est venu suite à un rêve au cours duquel Alfred Hitchcock lui donnait un livre intitulé « M ». On lui souhaite ne serait-ce que le quart du succès qu’a connu son homologue d’origine anglaise.

sobong

Il y a 20 ans, le Mur

L1000266Au moment où le monde entier célèbre le 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin, la réunification de la Corée semble loin. Si loin que l’on en vient à se demander si cet événement arrivera un jour. Derrière deux séparations survenues au même moment pour les mêmes raisons géopolitiques, un gouffre sépare le cas coréen du cas allemand. Explorons-le au travers de quelques éléments de comparaison.

7ème siècle – 19ème siècle

C’est en 676, une époque où l’influence du Royaume de France devait difficilement dépasser l’A86, que la péninsule coréenne est unifiée, lorsque le Royaume de Shilla parvient à vaincre et annexer ses voisins de Baekche et de Goguryeo.

Les Allemands attendront le 12 siècles supplémentaires pour vivre dans un même territoire et développer le sentiment d’appartenance à une même nation.

Vainqueurs – Vaincus

C’est en vaincue que l’Allemagne se voit imposer au sortir de la Seconde Guerre Mondiale l’occupation de son territoire par les forces alliées, puis la séparation et la création de deux Etats.

C’est en vainqueurs que les Coréens pensent accueillir les troupes américaines au Sud et soviétiques au Nord venues les libérer de l’occupation japonaise. Sauf que la Corée n’est pas dans le camp des vainqueurs. Elle est juste une péninsule à cheval entre deux zones d’influence. Un butin à partager entre les deux vrais vainqueurs américains au Sud et soviétiques au Nord.

3 et 10

Le PIB par habitant de la RFA était trois fois celui de la RDA au moment de la réunification. Le PIB de la Corée du Sud est dix fois celui de la Corée du Nord aujourd’hui. La Banque Mondiale estime le coût de la réunification pour la Corée du Sud à 3 000 milliards de dollars, soit plus de trois fois son PIB annuel (800 milliards de dollars).

Perestroika / Axe du mal

Quelle que soit la volonté du peuple Allemand, la réunification de leur pays n’aurait pu voir le jour sans le soutien de la super-puissance américaine et la bienveillance de la super-puissance soviétique.

La réunification coréenne n’arrangerait aucune des puissances avoisinantes: Les Etats-Unis n’auraient plus aucune raison d’y maintenir 17 500 GIs, la Chine verrait l’influence occidentale s’étendre jusque ses frontières extrêmes orientales et le Japon serait confronté à la concurrence d’une puissance régionale revigorée avec soif de vengeance.

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44 ans et 64 ans

La séparation de l’Allemagne aura duré 44 ans: une éternité mais en même temps un laps de temps suffisamment court pour que soient vivantes et actives les générations d’avant-guerre; celles qui parce qu’elles ont connu une Allemagne unifiée, œuvrent passionnément pour son retour.

20 ans après la chute du mur de Berlin où sont les Coréens nés dans un pays s’étendant de Busan à la Mandchourie? Aux marges de la société coréenne. Au Sud, tout au plus l’opinion publique s’attarde-t-elle sur ces quelques vieillards lors de retrouvailles télévisées certes émouvantes mais qui résument bien la situation: les derniers à vouloir réellement la réunifications sont suffisamment vieux pour avoir un frère, une sœur, ou un parent de l’autre côté de la frontière et donc trop faibles pour peser sur le cours des choses.

Les autres invoquent la réunification comme un voeu pieu: une réunification à condition qu’elle ne soit pas au détriment de la prospérité économique, à condition qu’elle ne signifie pas une marée d’immigrants venus du Nord prenant les emplois de ceux du Sud. La jeunesse, complètement décomplexée, est même de plus en plus nombreuse à la rejeter ouvertement: 13 siècles d’unité nationale sont finalement bien peu de chose face à 20 ans de prospérité.

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Leonard Chang : la trilogie Allen Choice

pourr12663Allen Choi(ce). N’oubliez pas ce nom, il pourrait bien vous tenir compagnie lors de vos futures soirées hivernales. Elevé par une tante acariâtre à la mort de son père, adolescent rebelle puis étudiant raté, Allen est désormais bodyguard pour les grands pontes de la Silicon Valley. C’est un animal solitaire qui conduit sa vie sans véritable direction, entre apathie et spleen existentiel. Mais le dézinguage de son collègue Paul Baumgartner le tire brusquement de ce qu’il nomme « l’illusion inertielle ». Avec l’aide d’une jeune journaliste aux dents longues, notre anti-héros entreprend de faire toute la lumière sur le meurtre de son binôme. Cette enquête menée tambour battant le plonge progressivement dans les méandres de son propre passé, un passé bourbeux dont les plus noirs secrets vont se révéler les uns après les autres.

A première vue, Pour rien, ou presque, Brûlé et Protection trop rapprochée (1) pourraient aisément passer pour d’indigestes romans de gare. Terrible méprise ! Leonard Chang a du talent et ça se voit : intrigues habilement ficelées, rythme trépidant, le tout servi par une prose nerveuse et sans bavures. On pourrait très bien s’arrêter là mais ce serait passer sous silence la grande réussite de l’œuvre : Allen Choice alias the Block. Personnage atypique que ce garde du corps coréen-américain qui ignore tout de son pays natal et n’y voit pas là une nécessaire tragédie. L’angle ethnique est certes exploité mais sans fanfare et à doses homéopathiques. Car le parcours de Choice ne se résume pas à l’énième crise identitaire d’un immigré partagé entre deux mondes. Non, bien que conditionnées par ses origines, les préoccupations d’Allen dépassent largement le cadre ethnique pour embrasser des thèmes bien plus généraux tels que la famille, les relations humaines ou encore l’engagement. Sensible, faillible et parfois maladroit, the Block trébuche plus souvent qu’à son tour mais ce paumé attachant se relève toujours, cherchant inlassablement sa place dans un monde faisandé (2).

A ceux qui seraient allergiques aux romans policiers : don’t despair. Pour peu que vous maîtrisiez la langue de Shakespeare, il vous reste en effet les autres livres de Leonard Chang (malheureusement non traduits), notamment the Fruit’N Food qui traite des tensions entre les communautés afro-américaine et coréenne-américaine ou encore Crossings qui dépeint le parcours pour le moins tumultueux d’immigrés coréens du côté de Frisco.

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(1) Les anglicistes purs et durs trouveront la trilogie en VO sous les titres suivants : Over the Shoulder, Underkill and Fade to Clear.

(2) Daniel Dae Kim, l’un des héros de Lost,  a acheté les droits de Pour rien ou Presque. On attend donc le film : magnez-vous, les gars!

Bouddhas coréens au musée Guimet

Bouddha.guimet Début Octobre, l’association Racines Coréennes organisait une visite guidée de la section coréenne du musée Guimet. Ce musée consacre trois salles à la Corée comprenant environ 1.000 pièces, ce qui paraît peu face aux 12.000 pièces japonaises et 20.000 chinoises. Cela n’a pas empêché la conférencière de nous transporter à travers toute l’histoire de la Corée pendant une heure et demie.

Les plus anciennes pièces proviennent de l’époque des Trois Royaumes, période allant du Ier siècle avant J.C. jusqu’au VIIème siècle après J.C. et comprenant les royaumes de Koguryŏ, Paekche et Silla. On y trouve aussi bien des boucles d’oreilles qui datent du royaume de Silla (Vème siècle) qu’une magnifique couronne en bronze doré. Cette couronne découpée en ramures évoquant des branches d’arbres rappelle l’importance que revêt la nature  dans la culture coréenne.

Tout comme le musée Guimet dans son ensemble, la collection coréenne offre de très belles pièces révélant l’importance du bouddhisme. Du Royaume de Paekche (VIème siècle), un superbe Bodhisattva en bronze doré dont la pose  de méditation “panga sayu sang ” (une jambe repliée sur l’autre avec le coude sur le genou) permet d’identifier son origine coréenne plutôt que chinoise.  Au fond de la première salle, un Bouddha enseignant de l’époque de Koryo (XIème et XII ème siècles)  dégage à la fois sérénité, simplicité et douceur.

Avalokiteshavara.coree J’ai été particulièrement impressionnée par une magnifique statue en fonte de fer dorée représentant l’image d’Avalokiteshvara aux 1000 bras et 1000 yeux de l’époque de Koryo (Xème et XIème siècle). Les 43 mains de la statue portent chacune un attribut différent. On peut donc y découvrir un joyau qui symbolise sa propre illumination mais aussi une fleur de lotus, image de la pureté de son corps, de son esprit et de sa parole. Curieuse de connaître la signification de ces multiples bras, j’appris plus tard  que l’Avalokiteshvara est le bouddha qui regarde les hommes avec compassion. C’est ainsi qu’il possède entre deux et mille bras avec un œil dans chaque paume de la main pour veiller sur les êtres vivants et prendre soin d’eux.

Avalokiteshavara.chinePour les amateurs de Bouddhas aux mille bras, on peut également contempler un autre Avalokiteshvara dans la section chinoise dont je n’ai pu m’empêcher de prendre une photo bien que cette pièce ne soit pas coréenne ! Outre tous ces Bouddhas, les trois salles dédiées à la Corée nous donnent un bel aperçu de l’art coréen car on peut y contempler aussi bien des statues, peintures, paravents,  meubles que des masques, sans oublier la céramique (céladon) .

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pixels humains

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Peut-être ne l’avez vous pas encore vue? Une vidéo buzze en ce moment sur un club de supporters de foot lycéen sud-coréen. Ce club pousse la chorégraphie jusqu’à l’extrême en faisant de chaque membre un pixel humain animant un écran de la taille de toute une tribune de stade. Le résultat est assez époustouflant :

(ps – merci @MonsieurP)

Mais ce qui l’est encore plus est l’étonnante similitude entre ce club de supporters et les chorégraphies organisées lors des mass games en Corée du Nord, chez le frère ennemi. Jugez par vous-même:

Deux spectacles si différents : l’un reflète la spontanéité d’une jeunesse s’exprimant par le sport et la camaraderie lycéenne, tandis que l’autre est le symbole de l’enrôlement total dans un système totalitaire dont l’emprise touche chaque centième de seconde d’une manifestation culturelle. Mais au final, ces deux motivations aux antipodes finissent par se retrouver dans un résultat visuellement semblable.

Deux générations ayant grandi dans deux systèmes radicalement opposés aboutissent à la même perfection chorégraphique, au même sens du mouvement d’ensemble et de la synchronisation. Peut-être est-ce une indication que même une guerre civile fratricide, qu’un endoctrinement extrême et que des régimes politiques rivaux depuis 55 ans ne peuvent venir à bout de valeurs qui soudent un peuple à travers l’Histoire? Et qui donne raison à ceux qui pensent que la réunification de la Corée est inévitable.

yonggook

Aperçu du racisme en Corée

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crédit photo : Carnaval King 08

Bonojit Hussain est indien et enseigne à l’Université de Sungkonghoe à Séoul. Victime d’insultes racistes dans un bus, il a récemment gagné le procès intenté à un certain Mr Park, son agresseur du jour. C’est la première fois en Corée qu’une condamnation ayant pour origine la discrimination raciale est prononcée. Est-ce à dire que le Pays du Matin Calme est d’ordinaire immunisé contre les dérapages xénophobes ? La bonne blague.

La pureté du sang : nous vs eux

Beaucoup de Coréens sont viscéralement attachés à un concept pour le moins suspect : « la pureté du sang ». Il en va selon eux de l’identité et de l’unité nationales. 100% Korean blood, c’est le minimum syndical. Autant dire qu’ils voient d’un très mauvais œil les mariages mixtes et le métissage qui en résulte. A tel point que le Comité des NU pour l’élimination de la discrimination raciale a déclaré que «l’accent mis sur l’homogénéité ethnique en Corée peut représenter un obstacle à la promotion de la compréhension, la tolérance et l’amitié parmi les différents groupes ethniques et nationaux vivant sur son territoire. ». Les partisans du statu quo (on reste groupés les gars) ressortent généralement les manoeuvres impérialistes des pays voisins, notamment l’occupation nipponne de 1910 à 1945, pour justifier leur ouverture d’esprit. Soit. Ils oublient un peu vite, ces petits hommes des cavernes, que parmi le million d’étrangers qui résident en Corée, certains vivent l’enfer au quotidien. Quand on sait que la discrimination raciale est toujours absente de la législation coréenne, on mesure mieux tout le chemin qu’il reste à parcourir.

Le chemin de croix des métis

Ils sont environ 40 000 en Corée. Présence militaire américaine oblige, les métis avaient généralement un père blanc ou noir; on parle désormais de plus en plus des Kosians, ces enfants dont l’un des parents, surtout la mère, est originaire d’Asie du Sud-Est. Un déficit de femmes dans les zones rurales incite en effet un nombre croissant de fermiers coréens à « faire leur marché » dans des pays comme le Vietnam ou les Philippines. Du coup, 15% des nouveaux-nés en Corée sont aujourd’hui issus d’un mariage mixte. Dire que la vie de ces enfants sera pénible relève de l’euphémisme. Dénigrement et pauvreté risquent d’être leurs plus fidèles compagnons de route. Ainsi, 70 % de ceux en âge d’aller au collège ne sont plus scolarisés en raison des brimades dont ils sont victimes. Et une fois adultes, les emplois les plus modestes leur sont généreusement réservés. Sachant que les « mariages internationaux » vont se multiplier dans les décennies à venir, il est urgent que le Pays du Matin Calme prenne conscience que sa société ethniquement homogène se transforme inexorablement en une société multiethnique et multiculturelle et que des mesures radicales s’imposent.

Hines Ward : quand un pestiféré devient roi

Figure de proue des Pittsburgh Steelers, Ward aka « Ketchup » est une star du football américain. Mais avant de connaître gloire et fortune, les premières années de sa vie ont été marquées par l’ostracisme et la honte. Né d’un père afro-américain et d’une mère coréenne, Hines a grandi avec cette dernière à Atlanta. Brocardé toute son enfance en raison de ses origines, rejeté par les deux communautés ethniques auxquelles il appartient, il n’a trouvé son salut que dans la pratique intensive du sport. En 2006, c’est la consécration, il est élu MVP du Super Bowl XL. Peu de temps après, il part avec maman en Corée pour un retour aux sources. Surprise, ceux qui le méprisaient ouvertement l’accueillent tout à coup en héros et le suivent à la trace. Ketchup est fait Citoyen d’honneur de la ville de Séoul, recevant des témoignages énamourés partout où il passe. Une véritable entreprise de récupération success story mais Ward n’a pas oublié les humiliations et surtout, il sait ce que les métis comme lui doivent endurer en Corée.  C’est pourquoi, épaulé par PSBI, il lance dans la foulée la Hines Ward Helping Hand Foundation afin de leur venir en aide.

Un grand Monsieur

On observe aujourd’hui les prémisses d’une mutation. Depuis 2006, l’armée coréenne accueille les métis coréens dans ses rangs (un cadeau empoisonné ?!) et un certain nombre de mesures visant à améliorer leur situation sont actuellement en cours. La Corée doit changer, la Corée va changer. De toute façon, elle n’a pas le choix car sa population vieillit à la vitesse de l’éclair. Le pays aura bientôt besoin d’une forte immigration pour rajeunir ses troupes. En ce début du 21ème siècle, c’est sans doute l’ouverture à la globalisation ethnique et culturelle qui constitue son plus gros défi.

Pour conclure, une petite touche musicale en compagnie de Tasha Reid/Yoon Mi-rae, fille d’un Afro-Américain et d’une Coréenne, et accessoirement rappeuse numero uno en Corée.

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Tasha represents!

BeolCho – 벌초

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Chuseok fête la fin heureuse de la moisson d’été. Les greniers remplis pour passer l’hiver, les Coréens se réunissent en famille pour célébrer l’occasion et rendre hommage aux ancêtres : un mélange de Thanksgiving américain et de Toussaint français à la mode confucéenne et chamanique. Aujourd’hui, la fête de Chuseok reste avec le nouvel an lunaire la principale fête familiale annuelle coréenne.

Trois semaines avant les festivités se tient le « BeolCho », un préparatif obligé pour qui aspire rendre dignement hommage à ses ancêtres, c’est-à-dire à peu près tout le monde : le rafraîchissement des tombes familiales. N’imaginons pas ici un caveau familial qui se trouverait dans un cimetière municipal à droite en sortant de l’Eglise du village. En Corée, la plupart des morts reposent loin de toute civilisation, souvent perdus dans les montagnes, dans un lieu connu et accessible uniquement des proches qui viennent s’y recueillir. Il ne s’agit donc pas de dépoussiérer les pierres tombales, plutôt de débroussailler et de couper les mauvaises herbes (« Beol » = supprimer ; « Cho » = mauvaises herbes) qui auront prospéré durant l’été ; activité qui nécessite la participation de tous et donc un motif à une mini – célébration avant l’heure.

Etant en Corée au bon moment, je pus assister au BeolCho de mes ancêtres et vous livre ici le récit de cette journée qui commença à l’aube.

5h30 – Départ de Séoul

L’objectif est d’arriver près de Uisoeng, dans la province de Gyeongsangbukdo vers 9h, sachant que la sortie de Séoul prend du temps même à cette heure-ci et qu’après la sortie de l’autoroute, il reste encore une grosse demi-heure de petite route à faire.


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Ce lever aux aurores m’aura au moins permis de me dire que ce sont peut-être les levers de soleil sur les campagnes vallonnées qui auront inspiré à certains le nom de Pays du Matin Calme.

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7h30 – Pause petit-déjeuner

Nous nous arrêtons dans une ère d’autoroute pour manger ce dont tout le monde rêve à 7h30 du matin: une soupe de nouilles bien pimentée. Problème: nous ne sommes pas les seuls en chemin pour le BeolCho et nous ne sommes pas les seuls à avoir faim. C’est donc avec une demi-heure de retard sur notre programme mais le ventre rempli que nous reprenons la route pour Uisoeng.

9h30 – Arrivée à destination

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Nous nous garons sur un chemin de terre qui sépare quelques rizières d’un flanc de montagne où se trouve les tombes de nos ancêtres. Les gens de notre village (et cousin lointains) sont déjà à pied d’œuvre quelque part au-dessus de nous et nous devons trouver seuls l’entrée du passage qui nous mènera aux tombes. Encore 15 minutes perdues, le temps de trouver non pas l’entrée elle-même mais des retardataires comme nous qui connaissent l’endroit mieux que nous.

Nous nous engouffrons avec eux dans la montagne pour une demi-heure de montée sauvage.

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10h – Les choses sérieuses commencent

Pour être tout à fait honnête, nous arrivons presque après la bataille: le gros du travail est achevé et il reste quelques branches à scier ou quelques mauvaises herbes oubliées par-ci par-là.

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Nous faisons le tour de toutes les tombes éparpillées ça et là; l’occasion pour moi de passer en revue quelques-uns de mes ancêtres, certains remontant à dix générations:

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Bien sûr, impossible pour moi de savoir seul l’identité de chaque tombe, d’autant que les inscriptions sont en chinois classique. Il ne me reste plus qu’à demander à mon oncle. Tiens, par exemple, quelle est cette tombe sans inscription juste à côté de celle de ce grand oncle? Une tombe clandestine me répond-on. Ce qui n’empêche pas les villageois d’en prendre soin comme les autres. J’imagine un bref instant le scandale qu’aurait provoqué l’enterrement clandestin d’un inconnu dans un caveau familial français. Juste impensable.

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Les travaux s’achèvent. Une dernière offrande et un dernier salut aux ancêtres avant de descendre. Puis c’est le retour au village pour un déjeuner bien mérité.

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11h30 – déjeuner

Pour trouver un lieu suffisamment grand pour accueillir le groupe, nous demandons l’hospitalité à un habitant du village qui dispose d’un grand terrain vague où sont disposées quelques tables. Les anciens prennent place en attendant que les plus jeunes improvisent un barbecue de poulet épicé: une grille en métal, quelques grosses pierres, un peu de bois sec et le tour est joué.

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Pour accompagner le poulet, du chou du champs d’à côté, de l’ail cru et des piments du champs d’à côté, du riz et de la pâte de soja fermenté (doenjang, le miso coréen) fait maison.

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Une heure d’un déjeuner simple mais authentique, de discussions des affaires du village, de nouvelles échangées sur soi-même ou untel qui n’a pas pu venir. Encore quelques minutes de répit le temps de fumer une cigarette. La parenthèse familiale se referme et la vie coréenne à cent à l’heure reprend ses droits jusqu’à Chuseok.

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yonggook

Trois semaines dans une université coréenne

Yonsei-university-main-buildingUn des moyens d’apprendre la langue coréenne est de s’immerger totalement pendant trois semaines en Corée en suivant des cours intensifs programmés par une  université. Cela faisait longtemps que je songeais à cette option. C’est donc l’été dernier que j’ai franchi le pas en m’inscrivant à l’université de Yonsei (‘연세대학교’). Par la suite, j’ai appris qu’elle faisait partie de l’une des trois plus prestigieuses universités de Séoul. Du coup, même si pour ce genre de programme d’été, l’admission se résume à payer les frais de scolarité (environ 900.000 Wons), j’étais toute fière de recevoir ma carte d’étudiante !

Nous étions une douzaine d’élèves par classe, répartis en groupes de 6 niveaux. Pendant trois semaines d’affilée, dans une atmosphère studieuse (test de vocabulaire toutes les semaines, devoirs à la maison) et à un rythme soutenu (4 heures par jour), deux professeurs dynamiques nous ont enseigné les prémisses de la langue coréenne, le tout couronné par un test final. Attention, si l’on veut obtenir un certificat, il faut se plier aux règles: une seule absence est tolérée (et plus de trois retards valent une absence). Une deuxième petite précision me paraît également utile : ce qui est enseigné est la formule de politesse la plus soutenue et non pas le niveau de politesse qu’on emploie dans la vie courante.

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La plupart des élèves sont de jeunes étudiants mais comme il n’y a aucune limite d’âge, il y a quelques brebis galeuses déjà sur le marché du travail qui, comme moi, sont assez folles pour sacrifier leurs vacances à essayer de comprendre la complexité de la langue coréenne ! Ayant fait des études à l’étranger, j’y ai toutefois retrouvé une atmosphère étudiante très internationale, ce qui m’a par ailleurs fait penser que ma jeunesse était totalement révolue… Ce qui était insolite pour moi était que l’Asie dominait l’Europe en nombre d’étudiants : la plupart venait majoritairement du Japon mais aussi de Taiwan, d’Indonésie, des Philippines ou de Chine continentale. Une minorité venait d’Hawaï, des Etats-Unis et d’Europe.

Pour me donner des forces, c’est encore la nourriture coréenne qui m’a apporté réconfort lors de ces matinées studieuses. Chaque cours de 50 minutes est entrecoupé d’une pause de 10 à 20 minutes pendant laquelle on peut très vite prendre des habitudes coréennes en engloutissant dès le matin en seulement quelques minutes des Kimbap, un Bibimbab, un Dubu jjigae ou bien encore un Doenjang ou un Kimchi jjigae !

Pour les accrocs du Nolaebang (karaoké coréen), le dernier jour, il est possible d’apprendre quelques tubes du moment comme par “Nobody” des Wonder Girls , sans oublier Arirang, la plus célèbre chanson traditionnelle et folklorique coréenne (en version électro remastérisée), le tout en mangeant des Tok (gâteau coréen fait à base de riz).

A noter que Yonsei n’est pas la seule université à proposer ces cours; les universités de Goryeo, d’ Ewha, de Sogang et bien d’autres offrent également des programmes similaires.

Pour ceux qui en ont marre des vacances farniente, n’hésitez-pas à vous inscrire, vous ressortirez de ce séjour le cerveau en ébullition, prêts à dégainer des centaines d’expressions coréennes acquises de haute lutte.

sobong

La fureur du scalpel

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Les chiffres donnent le vertige. Pensez-donc, 61,5% des Coréennes entre 25 et 29 ans ont eu recours à la chirurgie esthétique. Des injections de botox à la  rhinoplastie, en passant par l’incontournable double paupière, il semblerait que le remodelage du visage et du corps soit devenu un passage obligé pour les femmes du Matin Calme. Un acte aussi banal et nécessaire qu’une manucure ou une épilation en quelque sorte. Mais attention, la gent masculine n’a pas dit son dernier mot. Aujourd’hui, Monsieur Kim n’hésite plus à se faire lifter et liposucer, histoire de retrouver une seconde jeunesse. Exemple notoire, feu Roh Moo-hyon y a été de sa petite blépharoplastie avant de se jeter d’une falaise.

Before/After

Pourquoi une telle hystérie collective?

La culture américaine exerce une fascination sans égale en Corée du Sud. Conséquence logique, le modèle occidental est devenu la référence sur le plan esthétique. Autrement dit, White is Beautiful. Exit les yeux bridés et le nez plat, les Coréens veulent se westerniser le faciès et, richesse économique aidant, ils en ont les moyens.

D’une manière plus générale, après « Taffez jusqu’à ce que mort s’ensuive », la beauté à tout prix est le leitmotiv qui galvanise la péninsule. Sans un physique avantageux, adieu carrière professionnelle florissante, vie sexuelle trépidante et considération de vos prochains. Quand on sait que le conformisme est à la Corée ce que la mauvaise humeur est aux parisiens, étonnez-vous que le troupeau bêlant ait pris d’assaut les cliniques spécialisées. C’est ainsi que de plus en plus d’étudiants se font désormais ravaler la façade afin de maximiser leurs chances dans le monde du travail.

Ce culte de la beauté plastique bénéficie par ailleurs d’ambassadeurs de choc. La plupart des stars d’Hallyu sont en effet des adeptes enthousiastes du bistouri. Kim A-joong et Hwan Hee, pour ne citer qu’eux, ont évolué de manière spectaculaire au fil des ans. L’exemple venant d’en haut, la jeunesse du pays a promptement adopté les mœurs de ses idoles avec, dans bien des cas, l’approbation parentale. Le phénomène ulzzang, qui nous donne un aperçu intéressant du néant, illustre à merveille cette dictature de l’apparence.

Ils sont malades euuu, complètement malades euuu…

Bien sûr qu’ils ne sont pas les seuls à s’être laissé séduire par les sirènes du scalpel. Bien sûr qu’en ce bas-monde, il est préférable de ressembler à une gravure de mode plutôt qu’à une vache laitière. Avouez néanmoins que la banalisation des interventions esthétiques en Corée a de quoi inquiéter. Le pays tout entier semble être sous l’emprise d’une névrose narcissique carabinée. Résultat, l’habit fait tellement le moine que le reste n’a plus guère d’importance. Triste dérive qui risque de perdurer encore un bon moment. En attendant que la pathologie s’essouffle, espérons qu’il n’y ait plus d’autre Mme Mioku pour défrayer la chronique. S’injecter de l’huile de cuisine dans le visage n’était vraiment, mais vraiment pas l’idée du siècle.

sankyo

Quand la folie mène au pire


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