Archive for June, 2009

Les Dramas coréens, zoom avant sur un phénomène planétaire

Winter sonataDans tous les pays, il existe une grande variété de séries télévisées. Ces séries reflètent généralement les mœurs du public auquel elles s’adressent. Ainsi le spectateur peut aisément s’identifier aux différents personnages. En Corée, ces séries sont appelées “Dramas ” et connaissent un succès très surprenant. Face à cette frénésie, les productions de Dramas se sont multipliées ces dernières années, avec des répercussions économiques non négligeables. Les Dramas coréens sont devenus une véritable industrie en Asie. On a même vu apparaître des coproductions avec la Chine, un pays qui offre de vastes espaces naturels et où les coûts de tournage sont moins élevés. En juin 2009, la Corée était à l’honneur : environ 300 réalisateurs et producteurs venant principalement du Japon, de Taiwan, de la Chine continentale  et d’Asie du Sud-est ont assisté à Séoul à la conférence annuelle des Dramas asiatiques. Pour la quatrième fois, les scénaristes des différents pays asiatiques ont pu ainsi échanger sur les différences et les similitudes de leurs séries.

La particularité du Drama coréen est qu’il s’exporte facilement à l’étranger, ce qui peut paraître paradoxal, étant donné que le genre est destiné à un public essentiellement national.

lee young ae

Qu’est-ce qu’un Drama ?

Tout d’abord, il n’est peut-être pas inutile de rappeler brièvement ce que sont les Dramas. Ce sont des séries télévisées en plusieurs épisodes, en général une vingtaine, qui relatent souvent une histoire familiale ou une histoire sentimentale contemporaine. Les Dramas ressemblent la plupart du temps à un conte de fée et nous propulsent dans un monde magique où tout est beau et lisse. Cet univers féérique a rapidement séduit les Coréens qui doivent faire face à une pression sociale très forte et dont le quotidien n’est pas toujours rose. C’est pourquoi le Pays du Matin Calme ne se lasse pas de ces fictions qui tournent pourtant toujours autour des mêmes thèmes : confrontation entre deux milieux sociaux opposés (le héros est souvent le riche l’héritier d’un chaebol et tombe amoureux d’une fille ordinaire), relations conjugales, relations  triangulaires, héritage, amours impossibles, séparations, conflits familiaux.

Les personnages sont à la fois concrets et abstraits. Abstraits car les personnages évoluent souvent dans un monde utopique où seuls luxe et glamour ont droit de cité. De plus, les quiproquos et les situations rocambolesques foisonnent; il n’est pas rare de voir un personnage revenir du passé ou même de l’au-delà. Les invraisemblances ne dérangent pas du tout le spectateur coréen. Mais les personnages ont également un côté concret car ils évoluent dans des scènes de la vie quotidienne  et éprouvent les mêmes sentiments que vous et moi.

Certains Dramas, moins glamours, mettent l’accent sur des situations bien plus dramatiques (maladies incurables, accidents, brusque décès de proches etc…) dans lesquelles le sort s’acharne sur un personnage malchanceux. Mais ces feuilletons connaissent aussi un grand succès car les Coréens ont l’âme sentimentale et versent volontiers une petite larme devant un spectacle touchant.

Enfin, il existe également un autre sous- genre, les Dramas historiques, qui peuvent aller jusqu’à 100 épisodes. Ce sont des grandes sagas historiques costumées où les personnages sont toujours prêts à exhiber leur savoir-faire martial. Les Coréens sont friands de ces feuilletons qui se déroulent à une époque où il n’existait qu’une seule et unique Corée. Parmi les plus connus on peut notamment citer ” Jumong“ou “Kingdom of the wind“.

L’ascension fulgurante des Dramas coréens en Asie

Les Dramas ont d’abord connu un énorme succès auprès des Coréens. Puis ils se sont petit à petit exportés dans toute l’Asie. L’élément déclencheur a été la diffusion de « Sonate d’hiver» en 2003. Dans un premier temps, ce feuilleton a été diffusé au Japon par la chaîne KNTV pour les Zainichi coréens. Face à l’ampleur du succès, il a ensuite été programmé sur  les chaînes-satellites et hertziennes du même groupe. Un phénomène inattendu s’est alors produit. La Corée qui était jusqu’alors un pays de seconde zone pour les Japonais est subitement devenue un lieu de destination touristique. Des hordes hystériques de fans nippons ont pris d’assaut les lieux du tournage. Plus récemment, des feuilletons comme « Full house », « Stairway to heaven » ou bien encore « Boys Before Flowers » début 2009 ont également fait fureur et envahi les petits écrans. Cet intérêt grandissant n’a pas uniquement touché le Japon. Le Vietnam, la Malaisie, et l’Indonésie ont eux aussi succombé aux productions coréennes.

les Dramas coréens ou l’image de marque de tout un pays

Grace à l’impact de leurs Dramas, les Coréens ont pu étaler au grand jour leur prospérité. Les scènes où la richesse matérielle est magnifiée abondent; il n’y a pas de demi-mesure : voitures et villas luxueuses, vêtements de marque, look et coiffures hyper branchés, téléphones portables et écrans plasma dernier cri etc… Même les acteurs sont les ambassadeurs d’une réussite éclatante : leurs visages refaits, quasi parfaits, révèlent le triomphe d’une chirurgie esthétique irréprochable. Certains sont devenus des icônes nationales et internationales. Lee Young-ae qui a joué dans le célèbre Drama historique “Dae Jang Geum en est un exemple, tout comme Bae Yong-joon, le héros de « Sonate d’hiver », qui fait fantasmer la ménagère japonaise. Les agences de pub se disputent leurs images lucratives et populaires.

C’est donc l’image d’un pays fort, dynamique et trendy qui ressort de ces feuilletons. La Corée est subitement devenue le pays de référence en matière de goût, de mode et d’art de vivre, supplantant la vague japonaise qui avait déferlé en Asie dans les années 80. Ce phénomène, appelé “Hallyu” (vague coréenne), peut être défini comme un mouvement de la pop culture coréenne que l’on retrouve aussi bien dans la musique, les films, ou encore les jeux vidéos. Cette vague coréenne a contribué au rayonnement de la culture coréenne en Asie. De nombreux consommateurs de Dramas coréens considèrent la Corée comme un pays magique où tout est possible. Marchand de rêves, Le Matin Calme est désormais une destination qui compte.

sobong

En Coréen, Google se dit Naver

naver logo

Devinette: laquelle des deux Corées pourrait-elle être appelée le pays où Google n’existe pas ? Réponse: les deux. Si pour le Nord, l’explication est simple (Internet n’existe pas), le phénomène est bien plus étrange pour son frère ennemi, qui est l’un des pays les plus connectés au monde.

wifi @ Starbucks brought to you by GoogleBien sûr, Google est accessible en Corée du Sud. Il existe d’ailleurs une version coréenne du moteur de recherche leader au niveau mondial. Mais voilà: en Corée 7% des recherches se font sur Google, et plus de 62%  sur Naver (source Comscore). Rien de grave pour Google, me direz-vous, qui se taille la part du lion dans à peu près tout les marchés qui comptent. Sauf qu’être autant à la traîne en Corée, c’est risquer de paraître inadapté aux besoins et attentes de 50 millions de pionniers dans les pratiques numériques. Ca n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si la Corée est l’un des rares pays pour lesquels Google alloue un budget de communication : un bus – show room aux couleurs de Google sillonnait ainsi les campus des universités coréennes en 2007, tandis que dans les Starbucks Coffee, la connexion wifi est offerte gratuitement par Google.

Mais intéressons nous plutôt à Naver.

naver

Naver est un portail coréen crée en 1999 et qui fusionne avec un Hangame portail de casual gaming pour créer NHN Corp. (Next Human Network). A cette époque, le paysage web coréen est déjà assez rempli d’acteurs solidement établis tels que Daum ou Yahoo! Korea. En terme de contenu, le web coréen de cette époque se distingue en deux points: il regorge déjà de contenus multimédias riches professionnels ou amateurs, et il fonctionne en quasi autarcie sous l’effet de la langue et de l’alphabet exclusifs aux Coréens. Ces deux points vont procurer à Naver un environnement propice pour s’attirer en quelques années les faveurs de la majorité des Coréens grâce à deux choix payants, au premier rang desquels un système de recherche innovant pour l’époque que Naver appelle la recherche “agrégée” (통합 검색).

La recherche agrégée : grâce au ‘Multi-ranking system’

Cette recherche agrégée est basée sur le principe qu’une recherche est plus efficace si elle traite distinctement chaque contenu en fonction de sa nature (texte, image, vidéo, document téléchargeable, post de forum de discussions, etc.)

Pour mettre en application ce principe, Naver référence constamment le web coréen pour constituer non pas une, mais autant de bases de données que de types de contenu. En langage Naver, ces bases de données s’appellent des “collections” : collection d’images, collection d’articles de presse en ligne, collection de discussions de forums, avec pour chaque collection une règle de pertinence (ranking system) propre. Ainsi, chaque requête d’un internaute se traduit en autant de sous-requêtes sur chacune des “collections”, puis une page de résultats agrégeant les résultats de ces sous-requêtes.

Le blog officiel de NHN fournit un schéma (en coréen) du multiranking system et illustre l’avantage de ce multiranking system par l’exemple de la page de résultats de la requête “Roger Federer”: elle mettrait en valeur le parcours de Roger à Wimbledon dans la catégorie News, le site officiel de Roger dans la catégorie sites web, un comparatif entre Sampras et Roger dans la catégorie blogs, une biographie de Roger dans la catégorie encyclopédie, etc.

Forcément, ce principe parait banal aujourd’hui mais en 1999, alors que partout ailleurs qu’en Corée le web n’est que du contenu institutionnel ou commercial en textes et images, il ne s’imposait pas de manière évidente. D’ailleurs, Google ne lance son offre de “recherche universelle” (Universal search), basée sur le même principe qu’en 2007.

“One-stop surfing”

Naver, c’est un peu un Yahoo! qui aurait continué à dominer ses concurrents de la tête et des pieds. Car au début, les deux portails présentent les mêmes caractéristiques: un moteur de recherche propriétaire, des outils en ligne et un contenu éditorial propriétaire au travers de partenariats avec des éditeurs. Mais contrairement à Yahoo! les outils et services que propose Naver – sûrement parce qu’il se concentre sur la population spécifique des internautes coréens – réussissent à attirer toujours plus d’internautes.

Parmi ses services, le plus emblématique est certainement Jisik iN (지식iN). Lancé en 2002, Jisik iN est un service de partage d’informations permettant à n’importe quel internaute de poser une question sur n’importe quel sujet, souvent de la vie courante (recette de cuisine, bricolage, conseils pratiques, etc.), à laquelle n’importe quel autre internaute peut répondre. Comment savoir si une réponse est fiable ou pas? Par la sagesse collective : Jisik iN propose un système d’évaluation qui permet à chaque réponse d’un internaute d’être notée par ses pairs, de sorte que plus les réponses d’un internaute sur un sujet en particulier sont appréciées, plus son expertise est reconnue et valorisée par la communauté: l’essence même du “user generated content”, ou UCC (user created content) comme le disent les Coréens, qui fera le succès du web2.0 quelques années après. Yahoo! Answers qui s’inspire de Jisik iN sera lancé trois ans plus tard.

Début 2008, Jisik iN contient plus de 80 millions de pages d’UCC, mais Jisik iN n’explique pas à lui seul pourquoi Naver capte avec autant d’efficacité l’internaute coréen. A côté de ce service emblématique et pionnier, Naver propose tout ce qu’il faut pour un ‘one-stop surfing’: une section actualité exhaustive, la première plateforme de blogs de Corée en taille, des forums de discussion en veux-tu en voilà… Pour résumer, alors qu’on vient à Google pour faire une recherche et repartir aussi vite en cliquant sur un lien trouvé, on vient à Naver pour y rester parce que le portail a réussi à proposer progressivement toute une panoplie d’offres correspondant aux attentes et besoins de l’internaute coréen.

“Walled garden” de plus en plus contesté

Avec un chiffre d’affaires de 660 millions de dollars pour 2008 et plus de 30 millions de visiteurs uniques par mois en moyenne, Naver est dans une situation enviable mais dont le succès insolent le met au centre des attaques. Son modèle et ses pratiques sont scrutés et font l’objet de critiques, au premier rang desquelles le fait de prospérer en circuit fermé. Car Naver est effectivement un “walled garden”, que certains pourraient être tentés de comparer à un AOL à ses débuts.

Les premiers à s’en plaindre furent les sites de médias car imaginez un instant qu’en France, Google Actualités, grâce à un accord de syndication extrêmement favorable, se contente de reprendre sur son site les articles de Libération ou Le Monde au lieu de n’en publier qu’un court extrait et de renvoyer les internautes vers liberation.fr ou lemonde.fr. Ce qui parait impensable en France était la règle que Naver imposait aux sites de news coréens jusqu’en 2008, où il s’est résolu à renvoyer du trafic vers les sites tiers et calmer la frustration des médias.

L’ouverture nécessaire?

Alors que les écosystèmes numériques évoluent vers plus d’ouverture et de partage, que l’open source ou le crowd sourcing émergent comme des composantes majeures de l’innovation, le Naver-addict peut un jour réaliser qu’il est déconnecté du reste du web, qu’il reste à l’écart des dernières innovations, des meilleurs services, bref, des pratiques numériques de demain.

Les récentes évolutions de Naver montrent qu’il semble comprendre que son modèle doit changer : en janvier 2009, il lance “Opencast“, un service qui permet à tout internaute d’agréger tout contenu interne ou externe à Naver, professionnel ou amateur et créer son propre flux d’informations. Naver permet ainsi à chaque “Opencaster” de devenir agrégateur d’information, ou à l’inverse de personnaliser sa page d’accueil en recevant les flux d’autre opencasters.

En suivant cette voie, Naver deviendrait un hub de flux plus qu’un opérateur de services propriétaires certes de qualité, mais fonctionnant en circuit-fermé.

S’ouvrir pour évoluer ou se fermer pour se protéger? Un dilemme transposable en l’état à l’échelle de la Corée.

yonggook

Akiyama Yoshihiro/Chu Sung-hoon : entre sushi et kimchi

akiyama 2Je l’avais aperçu dans une revue d’arts martiaux. Sa coiffure peroxydée, son bronzage de beach boy et son sourire ultra-bright m’avaient interpellé. « Tiens, un Ken asiatique », avais-je pensé, vaguement agacé par la touche narcissique du bonhomme. Ma curiosité à son égard en était resté là. Et puis récemment, en lisant des articles sur les Zainichi coréens, je suis à nouveau tombé sur lui : Akiyama Yoshihiro, Chu Sung-hoon dans sa version coréenne.

Zainichi signifie littéralement « qui réside au Japon ». On utilise couramment ce terme pour désigner les Coréens installés au Japon car ces derniers constituent la principale communauté étrangère sur le sol nippon. L’annexion de la Corée par le Japon de 1910 à 1945 et les flux migratoires qui en résultèrent expliquent la présence de près d’un million d’individus d’origine coréenne dans la société japonaise. Un tiers d’entre eux a acquis la nationalité nippone mais ce sont tous des Zainichi lato sensu, qu’ils aient demandé leur naturalisation ou pas. En raison du contentieux historique entre le Soleil Levant et le Matin Calme, les Zainichi n’ont pas échappé à toutes sortes de discriminations qui, si elles se sont atténuées avec le temps, n’en demeurent pas moins latentes aujourd’hui.

Akiyama Yoshihiro est un Zainichi de la quatrième génération. Né à Osaka, il grandit dans une famille profondément attachée à la mère-patrie. Très tôt, il se prend de passion pour le judo et nourrit un rêve : représenter la Corée aux Jeux Olympiques. Il part donc à Busan dans le but d’intégrer l’équipe nationale de judo. Mais là-bas, les déconvenues s’accumulent. Chu a beau ipponiser à tout-va, on ne se gêne pas pour lui savonner gentiment la planche. Le Jeil Dongpo (l’équivalent coréen de Zainichi) n’est pas le bienvenu, qu’il retourne donc chez lui au Japon. Terrible désillusion pour Akiyama qui n’avait sans doute pas imaginé une réception aussi fraîche de la part de ses compatriotes. Après trois années de galère, il finit par jeter l’éponge et acquiert la nationalité nippone.

« Chu a rejeté son pays natal »

Octobre 2002, Busan accueille la quatorzième édition des Jeux Asiatiques. Chu revient sur le lieu de ses déboires en tant que membre de l’équipe japonaise en –81kg. Auteur d’un sans-faute, il accède à la finale et conclut son brillant parcours par une victoire sur le représentant de la … Corée. Un tel clin d’œil du destin fait forcément sourire. Les médias coréens, dont l’humour a tendance à partir en fumée quand il s’agit de l’honneur national, dézinguent prestement le « faux frère ». Un journal va même jusqu’à titrer : « Chu a rejeté son pays natal. » C’est le monde à l’envers. Akiyama doit alors se dire que, décidément, les choses ont pris une drôle de tournure. Etre considéré comme un traître à la patrie n’entrait pas nécessairement dans ses plans de jeunesse. Busan, ville maudite !

Celui que les japonais adorent détester

Après une carrière honorable en judo, Chu se lance dans le K-1 en 2004. il s’y montre à son avantage et devient rapidement une figure populaire dans le circuit nippon. Ce qui le distingue notamment du reste de la meute, c’est le judogi qu’il arbore avant et parfois pendant les combats. Le Taegukki est cousu sur une manche, l’Hinomaru sur une autre. Un geste symbolique qui envoie un message clair aux deux pays : le refus de choisir et de se couper d’une partie de lui-même. Un geste risqué quand on connaît la rivalité exacerbée qui régit les relations entre le Japon et la Corée. D’ailleurs, les choses se gâtent le 31 décembre 2006. Ce soir là, Akiyama affronte Sakuraba Kazuchi, l’idole vieillissante du Soleil Levant. L’affrontement se solde par la victoire de Chu mais Sakuraba l’accuse à juste titre de s’être enduit le corps d’un produit lubrifiant juste avant le combat, rendant tout saisie impossible. Akiyama reconnaît s’être hydraté la peau de crème Olay mais se défend d’avoir voulu en tirer un quelconque avantage. Il a beau présenter ses excuses à son malheureux adversaire, le mal est fait. Disqualifié et exclu des compétitions Hero’s pendant quelques mois, il devient tout à coup l’homme à abattre aux yeux du public japonais. En somme, le remake de Busan de l’autre côté de la mer de l’Est.

Chu le pestiféré

Un an jour pour jour après l’affaire Sakuraba, un autre combattant japonais est chargé de corriger le « tricheur coréen ». Il s’appelle Misaki Kazuo et apparaît comme investi d’une mission « sacrée ». Le combat se déroule dans une atmosphère malsaine, saturée de relents nationalistes. Si Chu maîtrise initialement les débats, envoyant même Misaki au tapis d’une belle droite, il se fait surprendre à son tour quelques minutes plus tard. Alors qu’il s’apprête à se relever, les deux poings posés au sol, son adversaire le shoote en pleine tête et le met KO.  C’est une infraction au règlement mais Misaki n’en a cure, qui explose de joie et sermonne sa victime au micro du speaker. Tout occupé à localiser son appendice nasal, Akiyama ne réagit pas aux remontrances de son bourreau et quitte le ring sous les huées de la foule en liesse. La victoire  de Misaki sera finalement transformée en no contest. Il s’agit jusqu’ à présent de la dernière participation de Chu au K-1.

Akiyama short rouge, Misaki short noir : nouvelle controverse

Cap sur l’Amérique

Après ce triste épisode,  Akiyama prend le temps de soigner ses plaies physiques et morales. Ironie du sort, le désamour dont il est victime au Japon le rend populaire dans son pays natal. Emus par l’histoire tumultueuse du Jeil Dongpo, les Coréens finissent par l’adopter et le considérer comme l’un des leurs. Une reconnaissance un peu tardive mais Chu ne boude pas son plaisir, lui qui déclara  après sa naturalisation : “Je ne suis plus coréen mais le sang qui coule dans mes veines l’est.” Depuis quelques mois, il est omniprésent dans les médias coréens, allant jusqu’à apparaître dans Family outing, l’une des émissions phares de SBS. Est-ce à dire que c’en est fini d’Akiyama l’apatride, l’homme blessé qui avoua que sur le podium des Jeux Asiatiques, il avait regardé “l’espace entre les drapeaux japonais et coréen“? Une chose est sûre, il en aura fallu du courage pour avaler autant de couleuvres et rester droit dans ses bottes. Aux dernières nouvelles, Chu a signé un contrat avec l’UFC, l’organisation américaine de free-fight. Il combattra dans l’octogone grillagé le 14 juillet contre Alan Belcher au Mandalay Bay de Las Vegas. Après tout, c’est peut-être loin du Japon et de la Corée, dans le désert du Nevada, qu’Akiyama se sentira enfin at home. L’Amérique, l’Amérique

sankyo

“Ce sont les services de renseignement sud-coréens qui ont “désigné” Kim Jong-un comme le successeur”

Great Leader, Dear Leader: Demystifying North Korea under the Kim ClanA l’heure où la communauté internationale est braquée sur les essais nucléaires nord-coréens et s’interroge sur les luttes de pouvoir pour la succession de Kim Jong-il, il nous a paru intéressant de vous faire partager l’analyse d’un spécialiste de la Corée du Nord.

Bertil Lintner est un journaliste suédois basé en Thaïlande. Longtemps correspondant pour le Far Eastern Economic Review et le Svenska Dagbladet, il écrit également pour de nombreux quotidiens internationaux, dont le Washington Post, le Wall Street Journal et le Los Angeles Times aux US, le Courrier International en France, et le Hankyoreh Shinmun en Corée.

Bertil est l’un des rares journalistes occidentaux à s’être rendu en Corée du Nord en 2004. Ses recherches sur la Corée du Nord lui ont valu un prix d’excellence de la part du Society of Publishers in Asia. Il est l’auteur de “Great Leader, Dear Leader: Demistifying North Korean under the Kim Clan” publié en 2005. Il a récemment publié une série d’articles au sujet du commerce international nord-coréen, où il parle notamment de l’exportation du savoir-faire des nord Coréens en matière d’ingénierie et de construction de tunnels.

SeoulParis: En tant que journaliste suédois basé en Thaïlande, le lien avec la Corée du Nord n’est pas évident. Pourriez-vous expliquer d’où viennent votre intérêt et expertise pour la Corée du Nord?

Bertil Lintner: Je suis né en Suède, mais je vis en Asie depuis 1975. Pendant de nombreuses années, mon centre d’intérêt principal était la Birmanie, mais j’ai commencé à faire attention à la Corée du Nord à partir de 2001. Depuis, j’ai écrit de nombreux articles sur la Corée du Nord pour différents magazines, et un ouvrage intitulé “Great Leader, Dear Leader: Demistifying North Korea under the Kim Clan“.

SP: La Corée du Nord est souvent considérée comme un Etat voyou. A votre avis, quel est son degré d’implication dans le commerce du Triangle d’ Or?

BL: La seule preuve d’une telle implication vient du fait que l’héroine fabriquée dans le secteur birman du Triangle d’ Or a été transportée dans des bateaux nord-coréens à Taïwan en juillet 2002 et en Australie en avril 2003. La prise de 2003 était particulièrement significative: 125 kg à bord du “Pong Su”.

SP: Vous avez eu l’occasion de vous rendre personnellement en Corée du Nord. Quelles ont été vos impressions?

BL: Oui, j’ai visité la Corée du Nord en avril 2004 et je me suis rendu du côté sud de la DMZ plusieurs fois, ainsi qu’à la frontière entre la Russie et la Corée du Nord. Ma semaine passée à Pyongyang fut très intéressante. Vous pouvez en savoir plus en lisant mon livre, mais pour résumer j’ai trouvé les Nord-Coréens très chaleureux et amicaux bien qu’ils vivent dans une société rigide, privés de liberté.

SP: L’exportation du savoir-faire nord-coréen en matière de tunnel est un fait relativement méconnu. Pouvez-vous en dire plus?

Pas si méconnu que ça. Des articles de magazines militaires américains en parlent, notamment de l’utilisation du savoir-faire nord-coréen en matière de tunnel en Birmanie et au Liban (Hezbollah).

SP: Séoul n’est qu’à 50 km de la frontière nord-coréenne. Pensez-vous que la ville pourrait reposer sur un réseau de tunnels nord-coréens?

Il est impossible de le savoir. Certains rapports le suggèrent, mais sans vraiment de preuves tangibles.

SP: la communauté internationale renforce les sanctions contre la Corée du Nord, suite à ses récents essais nucléaires. La Corée du Sud a rejoint la “Proliferation Security Initiative”, et la Chine semble adopter une attitude plus ferme à l’égard de son voisin. Quel peut être l’impact pour l’économie nord-coréenne?

L’économie de la Corée du Nord est déjà un désastre et va mettre beaucoup de temps à se redresser, sanctions ou pas…

SP: Quelle est votre opinion sur la fin de règne de Kim Jong-il? Parviendra-t-il à passer la main à son fils Kim Jong-un?

Il me semble que ce sont les services de renseignement sud-coréens qui ont “désigné” Kim Jong-un comme le successeur. Il n’y a eu aucune annonce de Corée du Nord indiquant que c’est vraiment le cas. Quoiqu’il en soit, le véritable pouvoir en Corée du Nord réside dans la Commission de Défense Nationale dont Kim Jong-un n’est PAS membre.

SP: les Coréens du Sud et du Nord parlent la même langue, mangent la même nourriture, et au fond d’eux, partagent les mêmes valeurs confucéennes. Pour autant, ils ont vécu dans deux systèmes radicalement opposés durant les 50 dernières années. La réunification est-elle toujours réalisable, ou même souhaitable?

C’est au Coréens de décider de cela et ce que je pense est hors de propos. Mais je vois également qu’il y a beaucoup de puissances étrangères qui ne voient pas d’un bon oeil la réunification de la Corée. Une Corée réunifiée avec les richesses en minerais du Nord et la base industrielle du Sud serait un concurrent très sérieux du Japon. Avec une Corée réunifiée, La Chine risquerait de perdre son influence sur la péninsule (au travers de la Corée du Nord) de même que la Russie. Et si la paix et la normalité étaient restaurées sur la péninsule, il n’y aurait plus de raison pour y maintenir des bases militaires américaines. C’est assez déprimant de voir que les Puissances souhaitent, au moins pour le moment, le maintien du statu quo.


yonggook

Les sombres feux du passé : Chang-rae Lee

lessombresfeux dupasseLe « docteur » Franklin Hata fuit les histoires comme la peste. Mais la sienne est là, qui l’attend patiemment au coin du feu. Japonais d’origine coréenne, il s’est établi dans une bourgade du New Jersey, Bedley Run, au début des années soixante. Désormais septuagénaire à la retraite, il semble couler des jours paisibles dans sa banlieue cossue. Néanmoins, quelque chose intrigue et dérange dès les premières pages. Hata se raconte pourtant sans hâte, sur le ton amène de la respectabilité. Nous apprenons ainsi qu’il possédait une officine médicale et, qu’à force de travail et d’abnégation, son commerce a prospéré. Il vit dans une vaste demeure de style néo-Tudor avec jardin et piscine dallée. Conduite exemplaire, estime du voisinage, l’univers policé du gentil Franklin nous irriterait presque si l’on ne pressentait l’existence d’un autre monde, bien plus sombre et douloureux, derrière la belle façade immaculée.
Ironie du sort, c’est à la suite d’un incendie accidentel que s’embrase véritablement la mémoire verrouillée du narrateur. Au fil des souvenirs émerge la figure de Sunny, l’orpheline coréenne confiée aux bons soins du docteur. Adoption ratée qui dégénère petit à petit et se solde par le départ prématuré de l’adolescente dans l’opprobre et l’incompréhension : « Je n’ai pas besoin de toi, a-t-elle ajouté d’une voix douce et implacable. Je n’ai jamais eu besoin de toi. Je ne sais pas pourquoi, c’est toi qui avais besoin de moi. Mais ça n’a jamais été vrai dans l’autre sens. » Nous non plus ne savons pas pourquoi Hata a tant souhaité adopter une petite fille, allant même jusqu’à verser des pots de vin pour parvenir à ses fins. Et ce n’est pas Mary Burn, un autre rendez-vous manqué, qui dissipe les points d’interrogation : « Mais on dirait que tu lui es redevable et ça, je ne parviens pas à le comprendre. Je n’en vois pas la raison. Tu l’as recueillie. Tu l’as adoptée. Mais tu agis comme un coupable, comme si c’était une créature à qui tu as fait du mal, autrefois, ou que tu as trahie, et comme si tu te sentais obligé maintenant de satisfaire tous ses désirs. » Le retour inopiné de Sunny dans le présent vacillant de Franklin précipite la résurgence d’épisodes lointains et brûlants. A mesure que les réminiscences submergent la voix narrative, le récit se rapproche lentement mais sûrement de l’épicentre, telle une plongée inexorable dans les flammes de l’enfer.
Automne 1944, la guerre du Pacifique fait rage. L’officier de santé Jiro Kurohata, i.e. notre cher docteur,  est affecté dans un campement perdu au milieu des plaines birmanes. L’angoisse du combat, la routine débilitante et les brimades quotidiennes règnent en maître dans ce cloaque soumis à une hiérarchie militaire des plus rigides. L’attente finit par atteindre le moral des troupes. Heureusement que l’on annonce l’arrivée imminente de « volontaires ». Les hommes vont pouvoir enfin s’amuser un peu. Elles débarquent un beau jour, ces denrées rares, coincées entre les sacs de riz et les conserves de légumes. De jeunes Coréennes à peine sorties de l’adolescence. Elles sont cinq pour près de deux cents soldats. Parmi les victimes offertes aux troufions en rut, l’une d’entre elles est curieusement épargnée jusqu’à nouvel ordre. Elle se prénomme Kkutaeh et son souvenir va hanter Franklin à tout jamais.
Dans ce roman  crépusculaire où s’entremêlent les vivants et les morts, l’auteur exhume une page sordide de l’ Histoire en évoquant le sort tragique des Femmes de réconfort. Le choix d’un narrateur récalcitrant, bourreau et victime à la fois, décuple la tension dramatique du récit et élargit la perspective d’ensemble. Il est autant question des horreurs du passé que du destin d’un homme qui y a participé et l’a payé au prix d’« une vie entière d’obligations et de politesses. » Après Langue natale, Chang-rae Lee signe ici un livre dense et obsédant,  dont la lecture ne laisse pas indemne. Telle une marche funèbre, Les sombres feux du passé invite à la mémoire et au recueillement. Entrez donc dans le confessionnal, vous y entendrez le chant du cygne d’une vie désaccordée dès ses premières mesures .

Les sombres feux du passé
, L’Olivier, 2001, traduit de l’anglais par Jean Pavans.

sankyo

Chang-rae Lee a trois ans lorsque sa famille quitte la Corée du Sud pour venir s’installer aux Etats-Unis en 1968. Il fait de brillantes études à Phillips Exeter et à Yale. Après une brève incursion dans le monde de la finance, il décide de se consacrer à l’écriture à la mort de sa mère. il est l’auteur à ce jour de trois romans : Langue natale (Native speaker), Les sombres feux du passé (A gesture life) et Le ciel de Long Island (Aloft). Ainsi qu’il le dit lui-même, son œuvre s’attache à «analyser ce double sentiment de citoyenneté et d’exil, mettre en scène l’existence des expatriés, avec son cortège de complications, de douleurs et de joies. »

Le kimchi, miracle made in Korea

kimchi - credit: toconnor1

Le Kimchi est sans conteste l’aliment le plus médiatisé en Corée. Ce mets préparé à base de légumes, traditionnellement du chou fermenté dans un mélange de sel, d’ail (beaucoup), de piment (énormément), de saumure de crevette ou de poisson et divers condiment est connu pour être riche en vitamines, minéraux, ferments lactiques et autres éléments nutritifs.

Le Kimchi: essence même de la Corée

Mais limiter le Kimchi à cette stricte description culinaire serait passer à côté de l’essentiel du Kimchi: de son odeur qui imprègne la Corée, tout comme la lavande et le Pastis sentent la Provence; du rituel lié à sa préparation pour les provisions qui annoncent l’hiver, tout comme le rituel des vendanges en Bourgogne ou dans le Médoc annoncent un plus ou moins bon millésime; du bout de Corée qu’on emporte à l’étranger en prenant du Kimchi avec soi, tout comme le bout de France qu’on prend avec soi en emportant du saucisson… Le Kimchi est l’incarnation épicée d’un peuple au sang chaud: des Latins d’Asie.

Le meilleur Kimchi: celui de maman

Le Kimchi est au Coréen ce que la baguette, le fromage, et le boeuf bourguignon cumulés sont aux Français. La baguette parce que tout Coréen qui s’estime ne conçoit pas un seul repas sans Kimchi; le fromage parce que le Kimchi est un mets fermenté: qu’on aime plus ou moins fait. Le Kimchi pourra ainsi être croquant et frais telle une salade de romaine s’il est mangé jeune, ou acide et fort en goût s’il est mangé bien fait. Le boeuf bourguignon enfin, parce que chaque famille a SA recette, SA variante de Kimchi, qui en fait le meilleur de Corée, et dont le secret de fabrication est jalousement gardé pas la mère, qui elle-même l’a hérité de sa mère, qui elle-même, etc…

Le Kimchi : entre ciel et mer

Faisant partie du quotidien, on comprend qu’il est difficile pour les Coréens de s’en passer lors de leurs déplacements. Ceux-ci  débordent d’imagination quand il s’agit d’avoir du chou magique dans leur bol. Des études poussées ont été menées en 2008 pour que cet aliment fermenté puisse conserver sa saveur, sa texture et sa couleur dans l’espace. Un geste fort en direction du premier astronaute coréen ! Le mois dernier, ce n’est pas dans les airs mais en mer que le Kimchi a navigué : il y a une dizaine  jours, une tonne de Kimchi a ainsi été envoyée aux 300 soldats coréens intervenant depuis deux mois dans les eaux de Somalie. Cette cargaison destinée à remonter le moral de la flotte coréenne ne peut que rappeler les colis envoyés par les familles aux soldats coréens durant la guerre du Vietnam dans les années 1960.

Gloire au Kimchi

Les Coréens n’hésitent pas à vanter les vertus du Kimchi qu’ils décrivent comme un légume  contenant davantage de ferments lactiques qu’un yaourt. Il aurait un double effet : tuer les bactéries nuisibles et renforcer les bactéries utiles, consolidant de ce fait les défenses immunitaires du corps. Son goût à la fois épicé et acide stimulerait en outre la digestion. Il préviendrait aussi bien le cancer que le vieillissement ou l’artériosclérose. Lors de l’émergence du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003, les Coréens sont allés jusqu’à soutenir qu’ils avaient été épargnés par ce virus grâce au Kimchi. Fidèle à son tempérament passionné, le Coréen n’hésite pas à promouvoir avec fierté les bienfaits du Kimchi. De nombreux festivals sont organisés en son honneur. Il existe même un musée qui lui est entièrement consacré. Une association IKA (International Kimchi Association) a par ailleurs  reçu le soutien du gouvernement coréen le mois dernier.

Le Kimchi sous toutes ses formes

oikimchi - credit: churl

la variante concombrée du Kimchi

Traditionnellement, le Kimchi est préparé par chaque famille coréenne à l’automne (Kimjang) afin de constituer des réserves pour l’hiver. Mais cette tradition se perd, en raison des changements d’habitudes alimentaires et des nouvelles générations plus urbaines qui  préfèrent acheter du Kimchi déjà préparé. Il existe d’autres sortes de Kimchi comme celui à base de radis Kaktugi (깍두기) ou bien encore de concombres farcis (oisobaegi). Ces variantes connaissent à l’heure actuelle un réel succès, d’autant plus que le prix du chou a pratiquement doublé par rapport à l’an passé. Le Kimchi est traditionnellement un accompagnement mais on peut également le trouver en plats comme dans le Kimchi Tchigae (김치찌개), le Kimchi Jeon (김치전), le Tubu Kimchi(두부김치) ou le KimChi Bokum (김치볶). Les chaînes d’alimentation rapide proposent même des pizzas et des hamburgers au Kimchi !

La voie du succès

L’addiction au Kimchi n’est pas spécifique aux Coréens. Depuis une dizaine d’années, la cuisine coréenne s’est exportée dans les autres pays d’Asie. Les pays les plus demandeurs sont le Japon, les Etats-Unis et Taiwan qui représentent 88% des exportations de Kimchi.

Nouvellement, la tendance est d’accentuer la communication sur les vertus du Kimchi en cas de cure d’amaigrissement. Pour illustrer ses multiples bienfaits, un film documentaire « Kimch ikkhan » est en cours de réalisation. Le cinéaste Shin Heung-sik souhaite le diffuser aux Etats-Unis car il considère à juste titre que la population américaine a un sérieux problème d’obésité.

Les qualités du Kimchi semblent décidément à la fois impénétrables et innombrables!

sobong


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