Archive for July, 2009

Kimchi encore et toujours

Quand les Coréens aiment quelque chose, ils ne font pas dans la demi-mesure. SeoulParis avait évoqué leur adoration quasi-mystique pour le Kimchi dans un précédent billet.

Le Pays du Matin Calme poursuit la promotion de son célèbre chou fermenté avec un enthousiasme qui ne faiblit pas.

L’objet du culte est en effet à l’honneur de nombreuses festivités. Du 23 octobre au 1er novembre, la ville de Gwanju (Province de Jeolla) célèbrera le Kimchi autour d’un festival. A cette occasion, un concours de cuisine sera organisé ainsi qu’une présentation des Kimchi de toutes les régions de Corée.

En nommant  officiellement le 28 juillet dernier le célèbre chef Edward Kwon, les stars Kim-Jung-eun, Keum Hyo-min et  Jin Goo ambassadeurs du prochain festival de Kimchi de Gwanju,  les Coréens enrobent leur prosélytisme culinaire d’un vernis des plus glamours.

kimchi1

Dans le même esprit, Kim Soon-ja, consacré en 2007 premier “Master of Kimchi” par le ministère de l’Agriculture, a élaboré après des recherches approfondies un Kimchi sans la forte odeur qui pouvait rebuter certains consommateurs.

Si, après tous ces efforts, le monde entier n’en vient  pas à manger Kimchi matin,midi et soir, c’est à désespérer!

sobong

Parricide sur fond de jeux en ligne

3439053193_ced1fbeb55Les faits divers fourmillent d’histoires macabres. L’une d’entre elles, relatée dans Korea Beat, m’a sorti de ma torpeur estivale. Il y a quelques jours, un jeune Coréen d’une vingtaine d’années a zigouillé sa mère; l’article ne précise pas l’arme du crime mais il ne s’agissait sans doute pas d’une brosse à dents. Motif de l’homicide : le fiston ne supportait plus l’indifférence de maman, une véritable accro des jeux en ligne.

Au pays du haut débit ( 15 millions de foyers dont 12 millions de connectés, 22 000 cybercafés disséminés sur le territoire), l’addiction aux MMOG est devenu un véritable fléau, à tel point que le gouvernement coréen s’est vu obligé de créer tout un réseau de centres de conseils et d’unités hospitalières pour sauver ses nolifes de l’autisme. Des camps de redressement ont également fleuri, histoire de remettre dans le droit chemin les gamers les plus coriaces. Car le problème est réel, surtout parmi les jeunes. Près de 30 % des moins de 18 ans, soit 2,4 millions d’individus seraient des sujets à risque. Tout le monde a d’ailleurs entendu parler de ces quelques fondus qui sont morts devant leur écran, au terme de cyber-marathons.

Ce qui est insolite dans ce triste fait divers, c’est cette inversion des rôles. On se serait davantage attendu à un article du genre : un cyber-junkie assommé par sa mère à coups de laptop/maman pète les plombs et étrangle son geek de fils avec le cordon d’alimentation de l’ordinateur. Eh bien non, l’histoire en question prend nos a priori à rebrousse-poil et démontre que la web-addiction traverse toutes les générations.

Par conséquent, si tu es un pur fêlé de la toile, qui se lave et salue son entourage une fois par mois, fais hyper gaffe, tu pourrais le payer au prix fort.

sankyo

PS : aux célibataires, un petit mot. Votre solitude subie/choisie vous permet de surfer 24/7 en toute quiétude.  Seuls votre dos et vos globes oculaires risquent de vous causer quelques soucis.

Recette coréenne pour une censure bien ficelée

Censorship causes blindness - credit AndréiaLes événements de la semaine dernière sont un bien sombre épisode pour la liberté d’expression en Corée. Il y eut d’abord le passage épique de cette loi sur les médias qui a transformé le parlement coréen en champ de bataille. Cette loi décloisonne le secteur des médias en autorisant une même entreprise à investir à la fois dans les journaux et dans les chaines hertziennes (de façon minoritaire). A l’heure où l’information et le divertissement n’ont plus de frontière, permettre l’émergence de groupes de médias empruntant la même stratégie qu’un News Corp. ou qu’un Lagardère n’est pas complètement stupide.

Sauf que le premier effet de cette loi risque d’être non pas l’émergence d’un Lagardère coréen, mais bel et bien de tuer les quelques voix d’opposition restantes car les puissants quotidiens ou les chaebol, tous outrageusement pro-gouvernement (conservateur), vont se ruer à l’assaut du capital des chaines hertziennes nationales qui jusqu’ici gardaient une relative indépendance éditoriale.

Parmi ces chaînes nationales, MBC qui diffuse une émission d’investigation phare “PD’s Notes” (les carnets du producteur), à l’origine de nombreux scoops ou reportages dérangeants tel celui qui montre les bonnes manières des CRS coréens lors du nettoyage manu militari de Myeongdong, quartier commerçant où se côtoient jeunes couples qui font leur sortie et touristes japonais qui font leurs emplettes, sous prétexte qu’une manifestation y était prévue. Le reportage est en coréen mais il suffit de regarder les images de début de reportage pour se faire une idée:

Mais comment distinguer les touristes ou les couples en balade amoureuse des manifestants? Ben pas besoin, l’essentiel est de bien frapper partout sur tout ce qui bouge et d’embarquer le plus grand nombre possible de gens. C’est comme ça qu’un pauvre touriste japonais qui pensait profiter des faveurs d’un taux de change intéressant, profitera au final des faveurs d’une matraque et de rangers coréennes généreuses, puis des méandres hospitaliers coréens. Touriste japonais que retrouvera PD’s Note pour le faire témoigner.

Autre passage parlant, même sans comprendre: comment les CRS bloquent la sortie d’une bouche de métro du centre de Séoul, faisant enrager tous les passants pour finalement les éloigner à coups de matraque, bombes lacrymo, voire sabre de samouraï (à partir de 1:58)

Voilà, avec cette réforme des médias et les risques de perte d’indépendance des chaînes TV, on ne sait pas si  le public coréen pourra profiter encore longtemps de ce genre de programmes discordants avec les éditos qui chantent en coeur la gloire de la politique du gouvernement actuel.

Et Internet dans tout ça?

Mais pas de panique me direz-vous, car il reste toujours l’eldorado pour opposant traqué, l’ultime tribune d’expression quand toutes les autres se ferment à vos idées: Internet. Car après tout, la Corée n’est-elle pas pionnière en matière numérique? Berceau d’Ohmynews pionnier du journalisme citoyen? N’est-ce pas le pays où un blogueur a fait vaciller à lui tout seul le gouvernement?

C’est sans compter la loi anti-piratage qui vient d’entrer en vigueur la semaine dernière. Cette loi est une merveille. Comme si les souhaits les plus fous de Frédéric Lefèbvre et Luc Besson réunis avaient été entendus par des parlementaires à l’autre bout de la planète pour donner naissance à une sorte de “riposte graduée à double tranchant”. Car avec cette loi, le ministère de la Culture et des Sports peut non seulement s’attaquer à l’internaute contrevenant en lui infligeant une amende ou en lui coupant sa connexion internet au bout du troisième avertissement, mais également couper pour une durée allant jusqu’à 6 mois les serveurs de tout site permettant l’échange de contenus illégaux.

Imaginons un instant qu’aux Etats-Unis, la Federal Communications Commission puisse fermer les serveurs de YouTube pendant 6 mois parce qu’au fin fond de l’Arkansas, une ménagère aurait mis en ligne des vidéos de sa fille imitant Madonna sur fond de La Isla Bonita sans payer les droits à sa maison de disque. C’est un peu ce que risquent Naver ou Daum en Corée.

Devant l’absurdité de la situation, les parlementaires de la majorité ont récemment adouci cette loi dans une volonté de montrer qu’elle vise avant tout les pirates professionnels et qu’elle épargnera les blogs personnels ou portails. Toujours est-il qu’avec cette épée de Damoclès pesant sur les portails coréens, le gouvernement dispose d’un levier de pression puissant pour censurer tout contenu désagréable. La preuve? Pas plus tard que la semaine dernière au sujet du vote controversé de la loi sur les médias: l’excellent blog Futurize Korea nous signale sur son compte Twitter une vidéo tendant à montrer des irrégularités lors du vote de la loi: un assistant parlementaire votant deux fois pour le même député. Quelle ne fut pas notre surprise lorsqu’en cliquant sur le lien nous tombâmes sur ça:

DaumTVpod

La vidéo a été retirée par le service de partage de vidéos de Daum pour non respect des droits de tiers. Pratique.

Merci YouTube

Rassurons-nous, la vidéo est disponible sur YouTube qui d’ailleurs a fermé sa version coréenne il y a quelques mois pour ne pas avoir à se soustraire à une législation coréenne de plus en plus incompatible avec les règles que Google / YouTube se fixe en matière de respect de la confidentialité des internautes.  Mais que voit-on dans cette fameuse vidéo? Rien de très probant: un assistant parlementaire en train de bidouiller quelque chose sur un écran de contrôle.

Par contre ce qui est probant, c’est la recrudescence  de contenus coréens sur YouTube qui jusqu’ici n’arrivait pas à se faire une place au soleil, tant ses concurrents locaux (Pandora.tv, Daum, Naver etc.) étaient bien installés. Les cyber-opposants coréens peuvent dire merci à YouTube qui lui, peut dire merci au gouvernement coréen…

yonggook

La K-pop s’invite au pays de l’Oncle Sam

2583836626_9fcd0b5384_mDésormais solidement implantée sur le continent asiatique, la K-pop lorgne avec gourmandise sur le marché yankee, l’Anapurna des artistes de tous bords. Pour rayonner sur le plan international, une percée dans les charts américains est en effet nettement préférable à une diffusion en boucle sur Radio Jakarta. Encore faut-il avoir un plan bien ficelé pour réussir au pays du hamburger. Se7en, l’icône de la pop coréenne, donne l’impression de tourner en rond depuis qu’il est parti à la conquête du territoire US. Une sortie d’album sans cesse repoussée, un seul titre au compteur après trois années de préparation, on se rapproche dangereusement du pétard mouillé.

Seulement voilà, notre Korean performer n’est pas le seul à pouvoir prétendre à la consécration ultime. Les évènements récents laissent à penser que d’autres poids lourds de la K-pop pourraient bien lui damer le pion.

BoA

Ainsi BoA, la Britney Spears coréenne, s’est-elle également exilée aux Etats-Unis dans le but d’y faire carrière. Pas de retard à l’allumage pour miss « Energetic » dont l’album US, dans les bacs depuis mars dernier, a rapidement trouvé le chemin du Billboard 200 (1). Des débuts prometteurs, auréolés de surcroît d’une récente collaboration avec Akon aka mister je culbute tout ce qui bouge. Eh oui, la Super Méga Star planétaire du R&B a sollicité Beat of Angel pour la reprise d’un single. Eh non, il ne s’agit pas du tendre « I wanna f… you » mais de « Beautiful », un morceau au titre un poil moins direct. Le playboy d’origine sénégalaise a beau traîner une réputation sulfureuse (drogue, taule, polygamie, entre autres), Best of Asia va sans doute gagner en crédibilité auprès du public américain grâce à ce duo.

prochainement dans nos oreilles

Bi-Rain

Une autre pointure de la K-pop se tient en embuscade, l’incontournable Jung Ji-hoon, plus connu sous le nom de Bi (pluie en coréen), Rain ou encore Bi Rain (pluie pluie ?!). Ce dernier est sur le point de sillonner l’Asie en large et en travers avec une tournée sobrement intitulée « Legend of Rain ». Mais c’est avec la sortie du très hollywodien « Ninja Assassin » prévue en novembre et dont il tient le rôle principal que le chanteur/danseur/acteur coréen compte tutoyer les étoiles. Car si le film produit par les créateurs de Matrix s’envole au box-office US, on peut légitimement espérer que la carrière de Pluie version chanteur s’épanouisse comme une fleur sur le sol américain. Avec lui, tout semble possible; lors de son dernier concert à Macao, un ado pas comme les autres est en effet venu l’applaudir, le petit-fils de … Kim Jong-il ! SeoulParis n’hésite donc pas à le clamer haut et fort, Pluie sera l’artisan de la réunification des deux Corées.

un nouveau concept, le Ninja R&B

Les Wonder Girls

Pour le moment, ce n’est ni Se7en, ni BoA, ni Bi Rain qui tient la corde mais un groupe de cinq sémillantes jeunes filles, j’ai nommé les Wonder Girls. Drivé par l’inévitable JYP Entertainment, ce quintet de charme est actuellement en tournée aux Etats-Unis, en première partie des Jonas Brothers. Un véritable conte de fée que la presse sud-coréenne ne se lasse pas de nous narrer par le menu détail. Il faut dire que les Wonder Girls ont droit à un traitement de star : bus XXL mis à leur disposition durant la tournée, invitation au Wendy Williams Show et concert imminent au Staple Center de LA (2). Chapeau bas, mesdemoiselles. D’autant plus qu’à l’occasion de leur prestation à Washington DC, elles ont eu l’insigne honneur de se produire devant la First Lady et ses filles. Oui, fidèle(s) lecteur(s), vous avez bien lu, Michelle, Malia et Sasha Obama ont chaleureusement applaudi le tour de scène de nos héroïnes nationales.  Les mauvaises langues diront que la famille O s’est déplacée pour les Jonas Brothers; qu’ils la mettent donc en sourdine car ils ont sans doute raison.

elles sont jeunes, mignonnes et … jeunes

il faudrait s’appeler Paco Rabanne pour savoir dès à présent ce qu’il va advenir des Wonder Girls et consorts sur le marché US. En tout cas, n’en déplaise aux alarmistes, la K-pop a encore de beaux jours devant elle. Quand on peut faire danser d’un côté le petit-fils de Kim Jong-il et de l’autre les filles du président américain, c’est que tout ne vas pas si mal que ça.

sankyo

(1) La référence en matière de ventes d’albums sur le sol américain.

(2) C’est là que s’est tenue la cérémonie en hommage à Bambi.

KO

more about “KO“, posted with vodpod

Nom: Sohn; prénom: Tae-jin; âge: 21 ans; nationalité : coréenne ; particularité: médaillé d’or aux Jeux Olympiques de Beijing en 2008. Plus rien à prouver? Si en fait, vu qu’en Corée, ce pays où n’importe quel homme valide accomplit son service militaire et en ressort avec au moins sa 1ère dan de Taekwondo, les espoirs de médaille ne manquent pas dans cet art martial devenu sport de combat puis discipline olympique.

Du coup, Sohn est l’homme à abattre pour tous ses compatriotes de la catégorie très populaire des – de 68kg qui se verraient bien à sa place dans la sélection nationale coréenne. Gloire nationale ou pas, tous les tournois sont donc importants pour Sohn, notamment ce tournoi du Président qui se tient à Ulsan le 22 juillet, tournoi préliminaire de qualification pour la sélection nationale 2010.

Tout se passe bien pour Sohn jusqu’en finale à laquelle il accède en battant 10 (-1 pt de pénalité) à 8 un vétéran, Kim Sae-hyo après des prolongations où il enchaîne un magnifique spin kick (dollyeo chaggi) gauche, coup de pied marteau (naeryeo chikki,) droit. En finale, Sohn (plastron rouge) affronte Park Hyung-jin, devant une audience de 2000 personnes qui le soutiennent en grande majorité, d’autant que lors du 1er round le match est équilibré (2-2), avec un Sohn qui paraît au meilleur de sa forme. « Aérien » diront même quelques spectateurs.

Puis, comme une ultime preuve que le Taekwondo ne supporte pas la moindre seconde d’inattention, le champion olympique se fait surprendre par un coup de pied retourné à la tête (dui hooryeo chaggi) qui surgit de nulle part, alors que depuis le début du 2nd round, les deux adversaires n’avaient pas échangé un seul coup.

Défaite par KO pour Sohn, une humiliation pire que la défaite par les 7 points d’écart qui mettent fin immédiatement au combat. Sans oublier la douleur et les éventuelles séquelles physiques : Sohn mettra plus de 5 minutes à retrouver ses esprits et devra faire un tour à l’hôpital dans la foulée pour effectuer des examens complets.

Au final, plus de peur que de mal (façon de parler, parce qu’on imagine que ça a dû faire bien mal sur le moment) pour Sohn, qui à la sortie de l’hôpital déclarera: « c’est soulageant et rafraîchissant, c’était un coup précis et percutant, j’ai l’impression d’avoir touché le fond du fond : je me suis fait éliminer d’un tournoi préliminaire, j’ai subi un KO, je crois que j’ai subi tout ce que je pouvais subir dans ma carrière. »

Une leçon d’humilité en somme pour un jeune homme au sommet de sa gloire, et qui doit repartir de 0. Finalement, il reste bien quelque chose de l’art martial dans cette discipline olympique.

yonggook

Le confucianisme dans les Dramas coréens

imagesA la fin des années 1980 et au début des années 1990, l’Asie du sud-est était marquée par la vague japonaise. Les chanteurs ou les téléfilms nippons inondaient le continent asiatique grâce à l’apparition des chaînes câblées et des satellites. Puis fin des années 1990, une nouvelle vague, coréenne cette fois-ci, a déferlé dans toute l’Asie. Aujourd’hui, les Dramas coréens sont diffusés dans le monde entier. Depuis quelques temps, ils connaissent ainsi un franc succès en Amérique latine ; même en Europe, le nombre des accrocs va grandissant. Il est évident que les nouveaux médias ont joué un rôle considérable dans l’expansion de ce que l’on nomme Hallyu.

Ce phénomène désormais planétaire peut paraître surprenant. En effet, il n’y a rien de révolutionnaire dans ces feuilletons à l’eau de rose qui reposent presque toujours sur les mêmes artifices. Un happy end bien ficelé clôt généralement la série. Ce n’est donc pas le suspens qui tient en haleine le téléspectateur.

L’enthousiasme des Coréens tient notamment au fait qu’ils sont curieux et ont une soif de découverte depuis l’avènement de la démocratie. Ils se passionnent pour tous les modes d’expression, débats de société et autres talk shows. Ils recherchent avidement les échanges d’idées et d’informations par le biais de la télévision ou bien encore des nouveaux médias. Or, les Dramas se nourrissent de ces mêmes thèmes de société, ce qui permet au public du Matin Calme de s’identifier très facilement aux personnages. Le succès des séries coréennes en Asie n’a rien de miraculeux non plus; les pays voisins sont sensibles aux valeurs que ces dernières véhiculent, des valeurs communes, en particulier celles provenant du confucianisme.

Les enseignements de Confucius

A travers toutes ces productions, on retrouve en effet les principes de Confucius qui enseignait quatre choses : la littérature, la morale, la connaissance de soi-même et l’honnêteté dans les relations sociales. De même, sont mises en avant les cinq obligations morales universelles qui sont les devoirs réciproques existants entre souverains et sujet, entre père et fils, entre mari et femme, entre aîné et cadet et entre amis.

Les Japonais apprécient particulièrement certaines valeurs traditionnelles propagées dans les Dramas coréens : le respect des ancêtres, la piété filiale ou encore les cérémonies familiales. Un public nippon d’autant plus sensible à ces valeurs qu’elles semblent s’éroder sur leur archipel. Confucius disait : « Quand les cérémonies ne sont pas observées exactement, le désordre règne. Quand la terminologie est incorrecte, les choses ne sont pas à leur place. Le désordre consiste en ce qu’un homme abandonne les principes moraux ; ce qui n’est pas en place, c’est le sage qui n’obtient pas la place qu’il mérite ». Selon le sage chinois, supprimer les rites et les coutumes sous prétexte qu’ils sont inutiles est un désastre moral qui ne peut qu’obscurcir l’avenir.

La Règle d’or de Confucius

En Asie, la famille a toujours été le socle de la société. Cela nous rappelle l’enseignement de Confucius sur le fait qu’un homme fonde sa conduite personnelle sur le principe de réciprocité (la “Règle d’or”) : ne faîtes pas aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’on vous fît. C’est ce principe qui permet à un homme de convertir ses semblables à sa propre conception de la vie. L’art de gouverner consiste simplement à ordonner les choses. C’est pourquoi l’organisation de la vie nationale dépend de celle de la vie familiale qui dépend elle-même de la vie intérieure de tout un chacun. Pour cultiver sa vie intérieure, il faut commencer par avoir un cœur droit. Pour avoir un cœur droit, il faut parvenir à une sincérité d’intention. Pour avoir une sincérité d’intention, il faut posséder le vrai savoir. Pour posséder le vrai savoir il faut sonder les choses…

Beauté et force des sentiments

Outre leurs accents confucéens, les Dramas secouent fortement la corde mélodramatique. Lorsqu’on les compare aux autres séries américaines ou européennes, on remarque tout de suite que les sentiments prévalent sur l’action. Les Coréens donnent plus d’importance aux bleus à l’âme qu’aux enquêtes policières, courses de voiture et autres cascades. Ils ont un goût prononcé pour les crises lacrymales, ce qui n’est pas forcément le cas des occidentaux.

Prenons l’exemple du Drama “Boys Before Flowers “, réalisé à partir d’un manga japonais. Pour la petite histoire, ce manga avait déjà été adapté par les Taïwanais sous le titre de “ Meteor Garden ” et avait connu un succès phénoménal à l’époque. Cela n’a pas empêché le remake coréen de très bien marcher début 2009. Si l’on compare les adaptations, les Taïwanais ont privilégié l’aspect comique, les Coréens ont davantage exploité la fibre sentimentale de cette histoire d’amour improbable.

L’idée que l’amour triomphe de tout est en effet très appréciée dans les cultures asiatiques où le premier amour revêt une importance capitale. Lors de la sortie deWinter Sonata” les japonaises, plutôt quinquagénaires, ont été sensibles à l’amour sincère que pouvait éprouver le personnage principal pour une femme. Nombreuses sont les histoires où l’amour vient à bout d’un mariage arrangé, une coutume qui a encore pignon sur rue en Asie. De même, le fait que deux personnages issus de milieux sociaux très différents puissent se marier fait rêver (comme dans “1% of anything” ou bien encore plus récemment Shining inheritance“).

Beauté et force des sentiments sont alors célébrés. Parmi les classiques du genre, le petit coq fortuné à qui une pauvre jeune fille enseigne  la sagesse, la compassion et le courage : trois qualités universelles permettant, selon les préceptes confucéens, l’accomplissement des cinq obligations morales universelles. L’idée qui en ressort est que chaque homme doit considérer sa vie intérieure comme la racine ou la base de l’univers.

La mode sert souvent à occulter un quotidien morose ou à combler un vide existentiel. Or, il est possible que les Dramas  proposent une sorte de modèle culturel à des pays asiatiques tels que la Chine, une nation en pleine mutation aujourd’hui grâce à une croissance économique fulgurante. N’oublions pas que l’Empire du Milieu est le berceau du confucianisme.

C’est donc peut-être bien pour amortir le choc entre morale traditionnelle et modernité que les  fans des Dramas coréens sont aussi nombreux en Asie.

sobong

Le parlement coréen s’embrase à nouveau

Décidément, les Coréens ne font pas dans la finesse. Pas étonnant qu’ils manquent de savoir-faire en matière de soft power. On les sent beaucoup plus à l’aise quand il s’agit de se mettre sur la gueule en famille. Pour preuve, cet énième pugilat ayant opposé ce matin, heure de Séoul, les députés du Grand National Party (GNP) à ceux du Democratic Party (DP). Une rixe géante, sans gants, ni courbettes, qui a transformé le parlement coréen en un véritable champ de bataille : députés du GNP agrippés au perchoir du président de l’Assemblée, députés du DP bloquant l’accès de l’entrée principale avec des chaises, corps-à-corps virils, plaquages au sol etc.

Bien sûr, on pourrait s’arrêter à ce stade; à une lecture anecdotique de cet événement comme le fait le Figaro et mettre tout ça sur le compte de l’exotisme d’une jeune démocratie lointaine où vit un peuple au sang chaud. Cette lecture ne serait pas totalement fausse mais passerait à côté de l’essentiel.

Car au coeur de la polémique réside une réforme des médias qui donnera la possibilité aux quotidiens et aux chaebol de posséder jusqu’à 30% du capital des chaines de télévision. Pour bien comprendre l’impact de cette réforme, il faut mesurer le poids des quotidiens coréens sur l’opinion publique locale et surtout des trois plus gros d’entre eux: le Chosun Ilbo, le Joongang Ilbo, et le Donga Ilbo. La clique ChoJoongDong, comme l’appelle le camp progressiste.

Ces trois quotidiens tirent chacun à plus ou moins 2 millions d’exemplaires pour une population coréenne inférieure à 50 millions d’habitants (à titre de comparaison, Le Monde tire à moins de 400 000 exemplaires). Vous imaginez donc l’impact d’un éditorial ChoJoongDong sur l’opinion publique : un impact comparable aux JT de 20h cumulés de TF1 et France 2 en France. Bien sûr, on pourrait applaudir devant la vitalité de ces journaux alors que, partout ailleurs, ils souffrent de la concurrence d’Internet, mais le problème c’est que ces trois quotidiens sont conservateurs, tous sans exception, voire ultra-conservateurs. Il y a 25 ans de cela, la seule fonction de leurs comités éditoriaux était de se réunir pour prendre connaissance des instructions envoyées par le gouvernement et ainsi savoir quel sujet traiter en Une (les chaebol et le gouvernement c’est bien, ils nous protègent contre les sales rouges, ils sont partout, faut faire attention) et quel sujet censurer (les mouvements de lutte pro-démocratiques).

Imaginez que les héritiers de ce système là prennent le contrôle des chaînes TV, alors que le web coréen est déjà sérieusement censuré. Un peu comme si en France, l’actualité nous était comptée par Le Figaro, TF1, Valeurs Actuelles et rien d’autres. On comprend alors mieux pourquoi l’opposition crie au scandale et tente d’empêcher par tous les moyens Lee Myung-bak de s’assurer le contrôle des médias.

Médias et politique, politique et médias, cela vous rappelle forcément de récents débats plus proches de nous…

yonggook and sankyo


Soirée coréenne

J’étais convié à une “Soirée coréenne” à l’occasion de la venue du Premier Ministre coréen à Paris le 25 juin dernier. Au risque d’être taxé d’ingrat vis-à-vis de ceux qui ont pensé à me mettre dans la liste des heureux conviés à ce dîner, je ne résiste pas à l’envie de vous en dire quelques mots.

Jack's keynote speech

Une soirée coréenne donc, pour contribuer à l’amélioration de l’image du Pays du Matin Calme à l’étranger. Parce que ça les énerve les Coréens que malgré tous les miracles accomplis, économique, démocratique ou même culturel, leur pays souffre d’un déficit d’image. Du coup, cette visite du Premier Ministre était une bonne occasion pour organiser un événement inoubliable: un dîner de dégustation de gastronomie coréenne “contemporaine” mariée avec une sélection de vins de nos terroirs français dans la salle d’honneur de l’Intercontinental Hotel de Paris offert par le Premier Ministre. En prime également, un récital privé de ce que la Corée fait de mieux en musique classique, la soprano Jo Sumi et le pianiste Kim Sunwook.

Pour être tout à fait honnête, j’avoue que je doute de l’utilité de ce genre d’événements dans l’absolu. Mais qu’importe les tribulations d’un modeste blogueur. Tout ceci sert une cause qui nous dépasse de loin: celle de faire découvrir la Corée à tout ce que la France compte de leaders d’opinions, qui eux-même, convaincus de l’excellence de la Corée, s’empresseraient de porter la bonne parole autour d’eux.

Petite revue de détail pour voir si cette soirée coréenne a répondu aux attentes.

Ce qu’on a mangé

Il paraît que le chef cuisinier de l’Intercontinental Hotel de Séoul s’était déplacé exprès pour nous préparer le meilleur de la gastronomie du Matin Calme. Il aurait pu rester chez lui et on aurait fait appel à n’importe quel cuistot d’un restaurant coréen à Paris parce que le menu était aussi lyrique que la bouffe sans intérêt: le japchae fadasse, la saint-jacques microscopique, le galbi chim sec… Nous vous épargnerons ici la liste de tous les mets médiocres qu’il nous a été donné de subir lors de cet interminable dîner, seul le consommé d’épinards au doenjang relevait quelque peu la qualité de l’ensemble. Ah si, mentionnons quand même le service irréprochable de précision dans l’explication des plats : “Qu’est-ce que c’est? Ben, euh… une soupe avec un p’tit ravioli dedans”, des fois qu’on aurait confondu avec des moules frites…

Ce qu’on a bu

Mais quelle idée de toujours vouloir marier vin et gastronomie coréenne! Est-ce que les Coréens pourront un jour abandonner l’idée ridicule que réussir à accorder leur gastronomie avec du vin serait une sorte de titre de noblesse ? La nourriture coréenne est avant tout paysanne, simple, authentique, faite de bons produits, bref sans chichi et elle devrait s’assumer comme telle. Surtout manger coréen, c’est manger épicé: l’ail se mange cru, le piment cru se mange trempé dans une sauce elle-même pimentée pour en relever le goût, le chou est fermenté puis pimenté et relevé à la crevette saumurée… Quelqu’un peut-il me dire comment un palais ainsi anesthésié pourrait distinguer les notes de sous-bois d’un vieux Bourgogne? N’y a-t-il pas une raison à ce que les Coréens boivent du soju, cette version soft de la vodka comme accompagnement de leurs plats?  Mais rassurez-vous, nous n’avons pas eu à nous désoler du gâchis de devoir sacrifier un vieux Bourgogne entre deux portions de Kimchi. Pour tout vous dire, je ne sais même plus ce qu’on a bu, juste que l’une des bouteilles était bouchonnée et que deux vieilles dames assises en face de moi, vexées de n’avoir pas su le remarquer ont fini leur verre en maintenant que “non, le mien n’était pas bouchonné!”

Discours

Oui, parce qu’un tel événement ne peut pas se concevoir sans une succession de discours longs (surtout s’ils sont entrecoupés de traductions) et fadasses. Je dois dire qu’un moment n’a pas été fadasse: celui ou le Premier Ministre a exprimé ses remerciements à l’Intercontinental Hotel pour les avoir accueillis comme “invités payants”: est-ce de l’humour amer ou un souci superflu du  détail? Est-il sérieusement vexé qu’on ait pu faire payer une chambre d’hotel à lui, Premier ministre de la Corée, comme à n’importe quel membre de la populace? Pour le reste on notera le discours d’un autre Coréen sûrement très important mais dont j’ai oublié le nom et les fonctions et dont personne n’a su dire s’il parlait en français ou en coréen. Et puis comment omettre le discours (mais trois lignes improvisées à la dernière minute, est-ce bien sage d’appeler ça un discours?) de Jack Lang, dont je cite ici le passage le plus marquant:

“Cinqiou cinquiou cinquiou!”

Bonus

Je ne parle pas de la conclusion musicale, seule partie du programme qui n’a pas déçu (quoiqu’apparemment le Premier Ministre n’était pas non plus subjugué, vu qu’il en a profité pour dormir). Par bonus je parle de cette délectable demi-heure passée à visionner sur grand écran des films de promotion des différentes merveilles de la Corée sur le thème “la nourriture coréenne est diététique, même que c’est un médecin américain qui l’a dit”, ou “la Corée c’est hyper moderne, même que dans le film y’a plein de figurants en blouse blanche qui ont l’air de faire plein de trucs hyper compliqués”, et surtout le message-clé:  ”les Coréens, ils sont hyper beaux et hyper heureux, comme sur ces images où la Coréenne, elle te fait un sourire tellement figé qu’on en a mal à la mâchoire pour elle. Alors il faut vite y aller pour y investir plein de doll… plein d’euros”  Que dire de cette propagande en son et image digne de l’Union Soviétique de l’après-guerre? Que si je n’avais pas été occupé à éprouver un sentiment mêlé de honte et de soulagement de n’avoir pas entraîné mon patron dans cette soirée, j’aurais été comme tous mes voisins de table, occupés à explorer les limites de l’ennui.

Leaders d’opinion

Souvenez-vous de l’objectif de cette soirée: améliorer l’image de la Corée auprès des leaders d’opinion français. Alors où étaient-ils ces VIP ?  Parce qu’autour de moi, en dehors de diplomates étrangers détachés à l’OCDE et qui faisaient sûrement office de bouche-trous (parce que le Premier Ministre était en France dans le cadre de l’OCDE dont le siège est à Paris), il y avait une artiste coréenne et deux épouses de cadres sup sûrement retraités qui un jour ont dû être expatriés en Corée. Bien sûr au loin il y avait Jack Lang, qui nous a fait l’honneur de trois minutes de présence, de trois échanges avec sa voisine de table d’un instant (l’épouse du Premier ministre), et d’à peine trois mots à l’assemblée (cinqiou, cinqiou, cinqiou).

Bon, ok, il y avait Christian de Boissieu, mais tous ces VIP qui sont censés porter la bonne parole coréenne? Les décideurs politiques, les patrons du CAC 40, les journalistes influents, les intellectuels, les artistes? Ils étaient où?? Ben au travail, ou chez eux, ou ailleurs à faire autre chose de nettement plus intéressant. Quoi de plus normal en plein remaniement ministériel? Quoi de plus normal à 19h? Quoi de plus normal quand tout ce qu’on leur propose c’est un dîner à peine meilleur qu’un buffet de mariage, une projection publicitaire passéiste interminable, et un récital de musique certes attirant pour vous et moi, mais sans intérêt pour qui fréquente régulièrement les premiers rangs de l’Opéra Garnier, de la Scala, ou du Carnegie Hall? Quel bénéfice pour ces “VIP” là? Aucun, néant, nada.

C’est pourtant par ce genre d’opération que la Corée aspire à bâtir son soft power. Surtout la partie soft alors…

yonggook

La gadoue, la gadoue, la gadoue, la gadoue, ouh la gadoue, la gadoue

3575663660_b712392557Si vous aimez les plages désertes et immaculées, n’allez pas à Boryeong au mois de juillet. Vous risqueriez d’y rencontrer des hordes de barbares surexcités, alcoolisés dans les grandes largeurs et recouverts d’une substance très éloignée de l’autobronzant. La petite station balnéaire coréenne accueille en effet chaque année un incroyable festival de la boue. Pendant plus d’une semaine, la gadoue y règne en maître : des bains, des massages, des glissades, de la lutte et même du ski. Toute activité est plébiscitée, du moment qu’elle permet de se vautrer dans la fange jusqu’au cou. Ce festival est désormais un must qui attire des milliers de touristes en quête de sensations inédites. Des sensations pas toujours très plaisantes cette année puisque environ 150 participants ont dû être hospitalisés dare-dare, suite à des réactions cutanées peu ragoûtantes. Quand on sait que le festival vante justement les bienfaits de “sa” boue pour la peau, ça fait désordre. Quoi qu’il en soit, si vous êtes un adepte des défouloirs collectifs et que votre épiderme a fait ses preuve, vous savez où vous rendre l’été prochain (l’édition 2009 vient de s’achever).

sankyo

un petit aperçu



“L’art martial qui fait craquer toutes les nanas.” (wouaf wouaf!)

145962434_2bc03b0428La Fédération Française de Taekwondo et Disciplines Associées (FFTA) m’en bouche un coin avec ce slogan à la fois profond, élégant et rassembleur (1). Une formule tellement brillante qu’elle ne peut être que le fruit d’un brainstorming des plus intenses. En cas de surenchère, imaginez un instant ce qui nous attend la prochaine fois. Il y a donc urgence et je vous conjure de me soumettre rapidement vos suggestions, afin qu’elles soient envoyées au siège de la FFTA dans les plus brefs délais.

Ci-joint quelques propositions, histoire de lancer le jeu :

- Libido en berne : pensez taekwondo !

- L’art martial pour les amateurs de (bons) coups

- Plus efficace que le speed dating, il était une fois le taekwondo

sankyo

(1) Vu dans Karaté Bushido, juin 2009


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