Archive for the 'Gastronomie' Category

죽 – juk

Une sorte de rituel: enfant, à chaque fois que je tombais malade, alité et fiévreux, maman entrait dans ma chambre à l’heure du repas avec un bol de juk.

Le juk est un porridge de riz coréen pas très compliqué à faire: trois fois plus d’eau et trois fois plus de temps de cuisson que ce qu’il faut pour cuire du riz. Le résultat est une bouillie insipide, parfaitement digeste, suffisamment neutre au nez et au goût pour être acceptée du plus réfractaire des bambins malades et barbouillés. Lorsque maman entrait dans ma chambre avec ma ration quotidienne, je m’asseyais donc difficilement sur mon lit pour engloutir chaque cuillerée de cette potion magique censée me redonner force et vigueur.

Au fur et à mesure que je prenais des forces, le juk seul s’avérait trop monotone pour mon palais exigeant et je réclamais son complément indispensable : la sauce de soja, parfaite combinaison foncée et salée d’un repas décidément trop monotone. Une fantaisie pas forcément bienvenue pour l’estomac d’un petit homme malade selon maman qui gardait la maîtrise de l’assaisonnement. S’ensuivait une négociation de tous les instants entre maman et moi pour savoir si chaque cuillerée de juk aurait droit à plus ou moins de sauce de soja.

Lors de ma gastro de la semaine dernière, ça n’est pas maman mais le programme numéro 8 de mon rice cooker qui m’assura mon juk quotidien. Pas forcément la même dose d’humanité mais au final, cette même odeur subtile de riz cuit qui me replonge des années en arrière, assis sur un lit, à batailler avec maman pour savoir si la cuillerée que je suis sur le point d’engloutir aura droit à un peu plus de sauce de soja.

Je décide que oui.

yonggook

BeolCho – 벌초

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Chuseok fête la fin heureuse de la moisson d’été. Les greniers remplis pour passer l’hiver, les Coréens se réunissent en famille pour célébrer l’occasion et rendre hommage aux ancêtres : un mélange de Thanksgiving américain et de Toussaint français à la mode confucéenne et chamanique. Aujourd’hui, la fête de Chuseok reste avec le nouvel an lunaire la principale fête familiale annuelle coréenne.

Trois semaines avant les festivités se tient le « BeolCho », un préparatif obligé pour qui aspire rendre dignement hommage à ses ancêtres, c’est-à-dire à peu près tout le monde : le rafraîchissement des tombes familiales. N’imaginons pas ici un caveau familial qui se trouverait dans un cimetière municipal à droite en sortant de l’Eglise du village. En Corée, la plupart des morts reposent loin de toute civilisation, souvent perdus dans les montagnes, dans un lieu connu et accessible uniquement des proches qui viennent s’y recueillir. Il ne s’agit donc pas de dépoussiérer les pierres tombales, plutôt de débroussailler et de couper les mauvaises herbes (« Beol » = supprimer ; « Cho » = mauvaises herbes) qui auront prospéré durant l’été ; activité qui nécessite la participation de tous et donc un motif à une mini – célébration avant l’heure.

Etant en Corée au bon moment, je pus assister au BeolCho de mes ancêtres et vous livre ici le récit de cette journée qui commença à l’aube.

5h30 – Départ de Séoul

L’objectif est d’arriver près de Uisoeng, dans la province de Gyeongsangbukdo vers 9h, sachant que la sortie de Séoul prend du temps même à cette heure-ci et qu’après la sortie de l’autoroute, il reste encore une grosse demi-heure de petite route à faire.


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Ce lever aux aurores m’aura au moins permis de me dire que ce sont peut-être les levers de soleil sur les campagnes vallonnées qui auront inspiré à certains le nom de Pays du Matin Calme.

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7h30 – Pause petit-déjeuner

Nous nous arrêtons dans une ère d’autoroute pour manger ce dont tout le monde rêve à 7h30 du matin: une soupe de nouilles bien pimentée. Problème: nous ne sommes pas les seuls en chemin pour le BeolCho et nous ne sommes pas les seuls à avoir faim. C’est donc avec une demi-heure de retard sur notre programme mais le ventre rempli que nous reprenons la route pour Uisoeng.

9h30 – Arrivée à destination

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Nous nous garons sur un chemin de terre qui sépare quelques rizières d’un flanc de montagne où se trouve les tombes de nos ancêtres. Les gens de notre village (et cousin lointains) sont déjà à pied d’œuvre quelque part au-dessus de nous et nous devons trouver seuls l’entrée du passage qui nous mènera aux tombes. Encore 15 minutes perdues, le temps de trouver non pas l’entrée elle-même mais des retardataires comme nous qui connaissent l’endroit mieux que nous.

Nous nous engouffrons avec eux dans la montagne pour une demi-heure de montée sauvage.

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10h – Les choses sérieuses commencent

Pour être tout à fait honnête, nous arrivons presque après la bataille: le gros du travail est achevé et il reste quelques branches à scier ou quelques mauvaises herbes oubliées par-ci par-là.

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Nous faisons le tour de toutes les tombes éparpillées ça et là; l’occasion pour moi de passer en revue quelques-uns de mes ancêtres, certains remontant à dix générations:

mes arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière grands-parents

mes arrières-arrières-arrières-arrières-arrières-arrières-arrières-arrières grands-parents

Bien sûr, impossible pour moi de savoir seul l’identité de chaque tombe, d’autant que les inscriptions sont en chinois classique. Il ne me reste plus qu’à demander à mon oncle. Tiens, par exemple, quelle est cette tombe sans inscription juste à côté de celle de ce grand oncle? Une tombe clandestine me répond-on. Ce qui n’empêche pas les villageois d’en prendre soin comme les autres. J’imagine un bref instant le scandale qu’aurait provoqué l’enterrement clandestin d’un inconnu dans un caveau familial français. Juste impensable.

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Les travaux s’achèvent. Une dernière offrande et un dernier salut aux ancêtres avant de descendre. Puis c’est le retour au village pour un déjeuner bien mérité.

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11h30 – déjeuner

Pour trouver un lieu suffisamment grand pour accueillir le groupe, nous demandons l’hospitalité à un habitant du village qui dispose d’un grand terrain vague où sont disposées quelques tables. Les anciens prennent place en attendant que les plus jeunes improvisent un barbecue de poulet épicé: une grille en métal, quelques grosses pierres, un peu de bois sec et le tour est joué.

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Pour accompagner le poulet, du chou du champs d’à côté, de l’ail cru et des piments du champs d’à côté, du riz et de la pâte de soja fermenté (doenjang, le miso coréen) fait maison.

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Une heure d’un déjeuner simple mais authentique, de discussions des affaires du village, de nouvelles échangées sur soi-même ou untel qui n’a pas pu venir. Encore quelques minutes de répit le temps de fumer une cigarette. La parenthèse familiale se referme et la vie coréenne à cent à l’heure reprend ses droits jusqu’à Chuseok.

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yonggook

Kimchi encore et toujours

Quand les Coréens aiment quelque chose, ils ne font pas dans la demi-mesure. SeoulParis avait évoqué leur adoration quasi-mystique pour le Kimchi dans un précédent billet.

Le Pays du Matin Calme poursuit la promotion de son célèbre chou fermenté avec un enthousiasme qui ne faiblit pas.

L’objet du culte est en effet à l’honneur de nombreuses festivités. Du 23 octobre au 1er novembre, la ville de Gwanju (Province de Jeolla) célèbrera le Kimchi autour d’un festival. A cette occasion, un concours de cuisine sera organisé ainsi qu’une présentation des Kimchi de toutes les régions de Corée.

En nommant  officiellement le 28 juillet dernier le célèbre chef Edward Kwon, les stars Kim-Jung-eun, Keum Hyo-min et  Jin Goo ambassadeurs du prochain festival de Kimchi de Gwanju,  les Coréens enrobent leur prosélytisme culinaire d’un vernis des plus glamours.

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Dans le même esprit, Kim Soon-ja, consacré en 2007 premier “Master of Kimchi” par le ministère de l’Agriculture, a élaboré après des recherches approfondies un Kimchi sans la forte odeur qui pouvait rebuter certains consommateurs.

Si, après tous ces efforts, le monde entier n’en vient  pas à manger Kimchi matin,midi et soir, c’est à désespérer!

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Soirée coréenne

J’étais convié à une “Soirée coréenne” à l’occasion de la venue du Premier Ministre coréen à Paris le 25 juin dernier. Au risque d’être taxé d’ingrat vis-à-vis de ceux qui ont pensé à me mettre dans la liste des heureux conviés à ce dîner, je ne résiste pas à l’envie de vous en dire quelques mots.

Jack's keynote speech

Une soirée coréenne donc, pour contribuer à l’amélioration de l’image du Pays du Matin Calme à l’étranger. Parce que ça les énerve les Coréens que malgré tous les miracles accomplis, économique, démocratique ou même culturel, leur pays souffre d’un déficit d’image. Du coup, cette visite du Premier Ministre était une bonne occasion pour organiser un événement inoubliable: un dîner de dégustation de gastronomie coréenne “contemporaine” mariée avec une sélection de vins de nos terroirs français dans la salle d’honneur de l’Intercontinental Hotel de Paris offert par le Premier Ministre. En prime également, un récital privé de ce que la Corée fait de mieux en musique classique, la soprano Jo Sumi et le pianiste Kim Sunwook.

Pour être tout à fait honnête, j’avoue que je doute de l’utilité de ce genre d’événements dans l’absolu. Mais qu’importe les tribulations d’un modeste blogueur. Tout ceci sert une cause qui nous dépasse de loin: celle de faire découvrir la Corée à tout ce que la France compte de leaders d’opinions, qui eux-même, convaincus de l’excellence de la Corée, s’empresseraient de porter la bonne parole autour d’eux.

Petite revue de détail pour voir si cette soirée coréenne a répondu aux attentes.

Ce qu’on a mangé

Il paraît que le chef cuisinier de l’Intercontinental Hotel de Séoul s’était déplacé exprès pour nous préparer le meilleur de la gastronomie du Matin Calme. Il aurait pu rester chez lui et on aurait fait appel à n’importe quel cuistot d’un restaurant coréen à Paris parce que le menu était aussi lyrique que la bouffe sans intérêt: le japchae fadasse, la saint-jacques microscopique, le galbi chim sec… Nous vous épargnerons ici la liste de tous les mets médiocres qu’il nous a été donné de subir lors de cet interminable dîner, seul le consommé d’épinards au doenjang relevait quelque peu la qualité de l’ensemble. Ah si, mentionnons quand même le service irréprochable de précision dans l’explication des plats : “Qu’est-ce que c’est? Ben, euh… une soupe avec un p’tit ravioli dedans”, des fois qu’on aurait confondu avec des moules frites…

Ce qu’on a bu

Mais quelle idée de toujours vouloir marier vin et gastronomie coréenne! Est-ce que les Coréens pourront un jour abandonner l’idée ridicule que réussir à accorder leur gastronomie avec du vin serait une sorte de titre de noblesse ? La nourriture coréenne est avant tout paysanne, simple, authentique, faite de bons produits, bref sans chichi et elle devrait s’assumer comme telle. Surtout manger coréen, c’est manger épicé: l’ail se mange cru, le piment cru se mange trempé dans une sauce elle-même pimentée pour en relever le goût, le chou est fermenté puis pimenté et relevé à la crevette saumurée… Quelqu’un peut-il me dire comment un palais ainsi anesthésié pourrait distinguer les notes de sous-bois d’un vieux Bourgogne? N’y a-t-il pas une raison à ce que les Coréens boivent du soju, cette version soft de la vodka comme accompagnement de leurs plats?  Mais rassurez-vous, nous n’avons pas eu à nous désoler du gâchis de devoir sacrifier un vieux Bourgogne entre deux portions de Kimchi. Pour tout vous dire, je ne sais même plus ce qu’on a bu, juste que l’une des bouteilles était bouchonnée et que deux vieilles dames assises en face de moi, vexées de n’avoir pas su le remarquer ont fini leur verre en maintenant que “non, le mien n’était pas bouchonné!”

Discours

Oui, parce qu’un tel événement ne peut pas se concevoir sans une succession de discours longs (surtout s’ils sont entrecoupés de traductions) et fadasses. Je dois dire qu’un moment n’a pas été fadasse: celui ou le Premier Ministre a exprimé ses remerciements à l’Intercontinental Hotel pour les avoir accueillis comme “invités payants”: est-ce de l’humour amer ou un souci superflu du  détail? Est-il sérieusement vexé qu’on ait pu faire payer une chambre d’hotel à lui, Premier ministre de la Corée, comme à n’importe quel membre de la populace? Pour le reste on notera le discours d’un autre Coréen sûrement très important mais dont j’ai oublié le nom et les fonctions et dont personne n’a su dire s’il parlait en français ou en coréen. Et puis comment omettre le discours (mais trois lignes improvisées à la dernière minute, est-ce bien sage d’appeler ça un discours?) de Jack Lang, dont je cite ici le passage le plus marquant:

“Cinqiou cinquiou cinquiou!”

Bonus

Je ne parle pas de la conclusion musicale, seule partie du programme qui n’a pas déçu (quoiqu’apparemment le Premier Ministre n’était pas non plus subjugué, vu qu’il en a profité pour dormir). Par bonus je parle de cette délectable demi-heure passée à visionner sur grand écran des films de promotion des différentes merveilles de la Corée sur le thème “la nourriture coréenne est diététique, même que c’est un médecin américain qui l’a dit”, ou “la Corée c’est hyper moderne, même que dans le film y’a plein de figurants en blouse blanche qui ont l’air de faire plein de trucs hyper compliqués”, et surtout le message-clé:  ”les Coréens, ils sont hyper beaux et hyper heureux, comme sur ces images où la Coréenne, elle te fait un sourire tellement figé qu’on en a mal à la mâchoire pour elle. Alors il faut vite y aller pour y investir plein de doll… plein d’euros”  Que dire de cette propagande en son et image digne de l’Union Soviétique de l’après-guerre? Que si je n’avais pas été occupé à éprouver un sentiment mêlé de honte et de soulagement de n’avoir pas entraîné mon patron dans cette soirée, j’aurais été comme tous mes voisins de table, occupés à explorer les limites de l’ennui.

Leaders d’opinion

Souvenez-vous de l’objectif de cette soirée: améliorer l’image de la Corée auprès des leaders d’opinion français. Alors où étaient-ils ces VIP ?  Parce qu’autour de moi, en dehors de diplomates étrangers détachés à l’OCDE et qui faisaient sûrement office de bouche-trous (parce que le Premier Ministre était en France dans le cadre de l’OCDE dont le siège est à Paris), il y avait une artiste coréenne et deux épouses de cadres sup sûrement retraités qui un jour ont dû être expatriés en Corée. Bien sûr au loin il y avait Jack Lang, qui nous a fait l’honneur de trois minutes de présence, de trois échanges avec sa voisine de table d’un instant (l’épouse du Premier ministre), et d’à peine trois mots à l’assemblée (cinqiou, cinqiou, cinqiou).

Bon, ok, il y avait Christian de Boissieu, mais tous ces VIP qui sont censés porter la bonne parole coréenne? Les décideurs politiques, les patrons du CAC 40, les journalistes influents, les intellectuels, les artistes? Ils étaient où?? Ben au travail, ou chez eux, ou ailleurs à faire autre chose de nettement plus intéressant. Quoi de plus normal en plein remaniement ministériel? Quoi de plus normal à 19h? Quoi de plus normal quand tout ce qu’on leur propose c’est un dîner à peine meilleur qu’un buffet de mariage, une projection publicitaire passéiste interminable, et un récital de musique certes attirant pour vous et moi, mais sans intérêt pour qui fréquente régulièrement les premiers rangs de l’Opéra Garnier, de la Scala, ou du Carnegie Hall? Quel bénéfice pour ces “VIP” là? Aucun, néant, nada.

C’est pourtant par ce genre d’opération que la Corée aspire à bâtir son soft power. Surtout la partie soft alors…

yonggook

Le kimchi, miracle made in Korea

kimchi - credit: toconnor1

Le Kimchi est sans conteste l’aliment le plus médiatisé en Corée. Ce mets préparé à base de légumes, traditionnellement du chou fermenté dans un mélange de sel, d’ail (beaucoup), de piment (énormément), de saumure de crevette ou de poisson et divers condiment est connu pour être riche en vitamines, minéraux, ferments lactiques et autres éléments nutritifs.

Le Kimchi: essence même de la Corée

Mais limiter le Kimchi à cette stricte description culinaire serait passer à côté de l’essentiel du Kimchi: de son odeur qui imprègne la Corée, tout comme la lavande et le Pastis sentent la Provence; du rituel lié à sa préparation pour les provisions qui annoncent l’hiver, tout comme le rituel des vendanges en Bourgogne ou dans le Médoc annoncent un plus ou moins bon millésime; du bout de Corée qu’on emporte à l’étranger en prenant du Kimchi avec soi, tout comme le bout de France qu’on prend avec soi en emportant du saucisson… Le Kimchi est l’incarnation épicée d’un peuple au sang chaud: des Latins d’Asie.

Le meilleur Kimchi: celui de maman

Le Kimchi est au Coréen ce que la baguette, le fromage, et le boeuf bourguignon cumulés sont aux Français. La baguette parce que tout Coréen qui s’estime ne conçoit pas un seul repas sans Kimchi; le fromage parce que le Kimchi est un mets fermenté: qu’on aime plus ou moins fait. Le Kimchi pourra ainsi être croquant et frais telle une salade de romaine s’il est mangé jeune, ou acide et fort en goût s’il est mangé bien fait. Le boeuf bourguignon enfin, parce que chaque famille a SA recette, SA variante de Kimchi, qui en fait le meilleur de Corée, et dont le secret de fabrication est jalousement gardé pas la mère, qui elle-même l’a hérité de sa mère, qui elle-même, etc…

Le Kimchi : entre ciel et mer

Faisant partie du quotidien, on comprend qu’il est difficile pour les Coréens de s’en passer lors de leurs déplacements. Ceux-ci  débordent d’imagination quand il s’agit d’avoir du chou magique dans leur bol. Des études poussées ont été menées en 2008 pour que cet aliment fermenté puisse conserver sa saveur, sa texture et sa couleur dans l’espace. Un geste fort en direction du premier astronaute coréen ! Le mois dernier, ce n’est pas dans les airs mais en mer que le Kimchi a navigué : il y a une dizaine  jours, une tonne de Kimchi a ainsi été envoyée aux 300 soldats coréens intervenant depuis deux mois dans les eaux de Somalie. Cette cargaison destinée à remonter le moral de la flotte coréenne ne peut que rappeler les colis envoyés par les familles aux soldats coréens durant la guerre du Vietnam dans les années 1960.

Gloire au Kimchi

Les Coréens n’hésitent pas à vanter les vertus du Kimchi qu’ils décrivent comme un légume  contenant davantage de ferments lactiques qu’un yaourt. Il aurait un double effet : tuer les bactéries nuisibles et renforcer les bactéries utiles, consolidant de ce fait les défenses immunitaires du corps. Son goût à la fois épicé et acide stimulerait en outre la digestion. Il préviendrait aussi bien le cancer que le vieillissement ou l’artériosclérose. Lors de l’émergence du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003, les Coréens sont allés jusqu’à soutenir qu’ils avaient été épargnés par ce virus grâce au Kimchi. Fidèle à son tempérament passionné, le Coréen n’hésite pas à promouvoir avec fierté les bienfaits du Kimchi. De nombreux festivals sont organisés en son honneur. Il existe même un musée qui lui est entièrement consacré. Une association IKA (International Kimchi Association) a par ailleurs  reçu le soutien du gouvernement coréen le mois dernier.

Le Kimchi sous toutes ses formes

oikimchi - credit: churl

la variante concombrée du Kimchi

Traditionnellement, le Kimchi est préparé par chaque famille coréenne à l’automne (Kimjang) afin de constituer des réserves pour l’hiver. Mais cette tradition se perd, en raison des changements d’habitudes alimentaires et des nouvelles générations plus urbaines qui  préfèrent acheter du Kimchi déjà préparé. Il existe d’autres sortes de Kimchi comme celui à base de radis Kaktugi (깍두기) ou bien encore de concombres farcis (oisobaegi). Ces variantes connaissent à l’heure actuelle un réel succès, d’autant plus que le prix du chou a pratiquement doublé par rapport à l’an passé. Le Kimchi est traditionnellement un accompagnement mais on peut également le trouver en plats comme dans le Kimchi Tchigae (김치찌개), le Kimchi Jeon (김치전), le Tubu Kimchi(두부김치) ou le KimChi Bokum (김치볶). Les chaînes d’alimentation rapide proposent même des pizzas et des hamburgers au Kimchi !

La voie du succès

L’addiction au Kimchi n’est pas spécifique aux Coréens. Depuis une dizaine d’années, la cuisine coréenne s’est exportée dans les autres pays d’Asie. Les pays les plus demandeurs sont le Japon, les Etats-Unis et Taiwan qui représentent 88% des exportations de Kimchi.

Nouvellement, la tendance est d’accentuer la communication sur les vertus du Kimchi en cas de cure d’amaigrissement. Pour illustrer ses multiples bienfaits, un film documentaire « Kimch ikkhan » est en cours de réalisation. Le cinéaste Shin Heung-sik souhaite le diffuser aux Etats-Unis car il considère à juste titre que la population américaine a un sérieux problème d’obésité.

Les qualités du Kimchi semblent décidément à la fois impénétrables et innombrables!

sobong


SeoulParis en images

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