A la fin des années 1980 et au début des années 1990, l’Asie du sud-est était marquée par la vague japonaise. Les chanteurs ou les téléfilms nippons inondaient le continent asiatique grâce à l’apparition des chaînes câblées et des satellites. Puis fin des années 1990, une nouvelle vague, coréenne cette fois-ci, a déferlé dans toute l’Asie. Aujourd’hui, les Dramas coréens sont diffusés dans le monde entier. Depuis quelques temps, ils connaissent ainsi un franc succès en Amérique latine ; même en Europe, le nombre des accrocs va grandissant. Il est évident que les nouveaux médias ont joué un rôle considérable dans l’expansion de ce que l’on nomme Hallyu.
Ce phénomène désormais planétaire peut paraître surprenant. En effet, il n’y a rien de révolutionnaire dans ces feuilletons à l’eau de rose qui reposent presque toujours sur les mêmes artifices. Un happy end bien ficelé clôt généralement la série. Ce n’est donc pas le suspens qui tient en haleine le téléspectateur.
L’enthousiasme des Coréens tient notamment au fait qu’ils sont curieux et ont une soif de découverte depuis l’avènement de la démocratie. Ils se passionnent pour tous les modes d’expression, débats de société et autres talk shows. Ils recherchent avidement les échanges d’idées et d’informations par le biais de la télévision ou bien encore des nouveaux médias. Or, les Dramas se nourrissent de ces mêmes thèmes de société, ce qui permet au public du Matin Calme de s’identifier très facilement aux personnages. Le succès des séries coréennes en Asie n’a rien de miraculeux non plus; les pays voisins sont sensibles aux valeurs que ces dernières véhiculent, des valeurs communes, en particulier celles provenant du confucianisme.
Les enseignements de Confucius
A travers toutes ces productions, on retrouve en effet les principes de Confucius qui enseignait quatre choses : la littérature, la morale, la connaissance de soi-même et l’honnêteté dans les relations sociales. De même, sont mises en avant les cinq obligations morales universelles qui sont les devoirs réciproques existants entre souverains et sujet, entre père et fils, entre mari et femme, entre aîné et cadet et entre amis.
Les Japonais apprécient particulièrement certaines valeurs traditionnelles propagées dans les Dramas coréens : le respect des ancêtres, la piété filiale ou encore les cérémonies familiales. Un public nippon d’autant plus sensible à ces valeurs qu’elles semblent s’éroder sur leur archipel. Confucius disait : « Quand les cérémonies ne sont pas observées exactement, le désordre règne. Quand la terminologie est incorrecte, les choses ne sont pas à leur place. Le désordre consiste en ce qu’un homme abandonne les principes moraux ; ce qui n’est pas en place, c’est le sage qui n’obtient pas la place qu’il mérite ». Selon le sage chinois, supprimer les rites et les coutumes sous prétexte qu’ils sont inutiles est un désastre moral qui ne peut qu’obscurcir l’avenir.
La Règle d’or de Confucius
En Asie, la famille a toujours été le socle de la société. Cela nous rappelle l’enseignement de Confucius sur le fait qu’un homme fonde sa conduite personnelle sur le principe de réciprocité (la “Règle d’or”) : “ne faîtes pas aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’on vous fît.“ C’est ce principe qui permet à un homme de convertir ses semblables à sa propre conception de la vie. L’art de gouverner consiste simplement à ordonner les choses. C’est pourquoi l’organisation de la vie nationale dépend de celle de la vie familiale qui dépend elle-même de la vie intérieure de tout un chacun. Pour cultiver sa vie intérieure, il faut commencer par avoir un cœur droit. Pour avoir un cœur droit, il faut parvenir à une sincérité d’intention. Pour avoir une sincérité d’intention, il faut posséder le vrai savoir. Pour posséder le vrai savoir il faut sonder les choses…
Beauté et force des sentiments
Outre leurs accents confucéens, les Dramas secouent fortement la corde mélodramatique. Lorsqu’on les compare aux autres séries américaines ou européennes, on remarque tout de suite que les sentiments prévalent sur l’action. Les Coréens donnent plus d’importance aux bleus à l’âme qu’aux enquêtes policières, courses de voiture et autres cascades. Ils ont un goût prononcé pour les crises lacrymales, ce qui n’est pas forcément le cas des occidentaux.
Prenons l’exemple du Drama “Boys Before Flowers “, réalisé à partir d’un manga japonais. Pour la petite histoire, ce manga avait déjà été adapté par les Taïwanais sous le titre de “ Meteor Garden ” et avait connu un succès phénoménal à l’époque. Cela n’a pas empêché le remake coréen de très bien marcher début 2009. Si l’on compare les adaptations, les Taïwanais ont privilégié l’aspect comique, les Coréens ont davantage exploité la fibre sentimentale de cette histoire d’amour improbable.
L’idée que l’amour triomphe de tout est en effet très appréciée dans les cultures asiatiques où le premier amour revêt une importance capitale. Lors de la sortie de“Winter Sonata” les japonaises, plutôt quinquagénaires, ont été sensibles à l’amour sincère que pouvait éprouver le personnage principal pour une femme. Nombreuses sont les histoires où l’amour vient à bout d’un mariage arrangé, une coutume qui a encore pignon sur rue en Asie. De même, le fait que deux personnages issus de milieux sociaux très différents puissent se marier fait rêver (comme dans “1% of anything” ou bien encore plus récemment “Shining inheritance“).
Beauté et force des sentiments sont alors célébrés. Parmi les classiques du genre, le petit coq fortuné à qui une pauvre jeune fille enseigne la sagesse, la compassion et le courage : trois qualités universelles permettant, selon les préceptes confucéens, l’accomplissement des cinq obligations morales universelles. L’idée qui en ressort est que chaque homme doit considérer sa vie intérieure comme la racine ou la base de l’univers.
La mode sert souvent à occulter un quotidien morose ou à combler un vide existentiel. Or, il est possible que les Dramas proposent une sorte de modèle culturel à des pays asiatiques tels que la Chine, une nation en pleine mutation aujourd’hui grâce à une croissance économique fulgurante. N’oublions pas que l’Empire du Milieu est le berceau du confucianisme.
C’est donc peut-être bien pour amortir le choc entre morale traditionnelle et modernité que les fans des Dramas coréens sont aussi nombreux en Asie.
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Dans tous les pays, il existe une grande variété de séries télévisées. Ces séries reflètent généralement les mœurs du public auquel elles s’adressent. Ainsi le spectateur peut aisément s’identifier aux différents personnages. En Corée, ces séries sont appelées “Dramas ” et connaissent un succès très surprenant. Face à cette frénésie, les productions de Dramas se sont multipliées ces dernières années, avec des répercussions économiques non négligeables. Les Dramas coréens sont devenus une véritable industrie en Asie. On a même vu apparaître des coproductions avec la Chine, un pays qui offre de vastes espaces naturels et où les coûts de tournage sont moins élevés. En juin 2009, la Corée était à l’honneur : environ 300 réalisateurs et producteurs venant principalement du Japon, de Taiwan, de la Chine continentale et d’Asie du Sud-est ont assisté à Séoul à la conférence annuelle des Dramas asiatiques. Pour la quatrième fois, les scénaristes des différents pays asiatiques ont pu ainsi échanger sur les différences et les similitudes de leurs séries.






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